Archive pour septembre 2005

L’âne est mort… morts aux ânes ?

Vendredi 30 septembre 2005

En juin dernier, la Cour Suprême des Etats-Unis décidait que les éditeurs de logiciels d’échange de fichiers en P2P pouvaient être responsables des contenus échangés par leurs utilisateurs, et donc être coupables de viol de copyright dans le cas d’échange de fichiers protégés. Devant cette décision inespérée, la RIAA a sauté sur l’occasion de menacer les entreprises à l’origine des 7 principaux logiciels de P2P en leur sommant de filtrer les éléments litigieux de leur réseau. Et aujourd’hui, c’est eDonkey, un des plus célèbres de ces réseaux, qui jette l’éponge.

En effet, Sam Yagan, le fondateur et président de MetaMachine, à l’origine du logiciel et du protocole d’échange de fichiers, a déclaré officiellement mettre fin à la plate-forme. Mais il ne se contente pas de ça…

Selon lui, les association américaines d’éditeurs (de musique et de films notamment) ne se rendent pas compte (ou feignent d’ignorer) que ce ne sont pas de telles méthodes qui tueront le P2P. Et de mentionner que malgré leurs récentes actions légales fort cavalières, le mouvement n’a pas diminué d’amplitude et que les cas de Napster, AudioGalaxy et autres Grokster mettent en évidence que les utilisateurs savent changer de logiciel quand l’un d’eux est menacé.

Tuer les sociétés éditrices de ces logiciels ne fera qu’émerger d’autres logiciels qui, eux, seront développés un peu partout dans le monde, de manière non-officielle, et qui sauront se protéger de telles menaces en cryptant les données d’échange entre les utilisateurs. D’où son inquiétude par rapport à la capacité d’innovation de son pays, qui semble - elle aussi - se délocaliser vers les pays de l’est…

Le dernier paragraphe de l’article de Richard Menta est particulièrement saisissant : “Nous produisons déjà moins d’ingénieurs. Nous provoquons nous-mêmes notre défaite. Le plus triste est que l’industrie américaine mérite probablement ce qui lui arrive.

Du changement chez Micromou ?

Mercredi 28 septembre 2005

Je viens de lire un article fort intéressant retraçant en détails ce qu’on avait appris il y a quelques jours déjà : le prochain Windows ne serait pas qu’une simple mise à jour de l’actuel XP mais bien un produit complètement nouveau et entièrement réécrit.

Si l’on en croit cette version, alors je dois avouer que je suis impressionné de voir enfin poindre à l’horizon un changement de philosophie dans cette entreprise tentaculaire mais bornée qu’est Microsoft. Jim Allchin, responsable du projet Longhorn (nom de code du fameux nouveau Windows Vista), semble avoir réussi à casser la vision de l’architecte logiciel en chef, j’ai nommé Bill Gates. Enfin ils vont pouvoir passer à autre chose que cette philosophie dépassée du système d’exploitation ultra-monolythique et figé, impossible à réellement adapter à des besoins spécifiques.

De là à dire que ça sera un très bon OS, il est encore tôt, bien sûr. Mais accordons tout de même de l’attention à ce futur système, marquant sans doute une des rares réelles ruptures qu’a osé mener la firme, même s’il s’agit d’une rupture de forme et non de fond, hélas, puisque les idées sous-jacentes au logiciel existent déjà largement chez la concurrence (principalement Mac OS et Linux). De plus, la direction très politiquement correct que prend la société vis-à-vis de la liberté d’utilisation demeure peu engageante. Mais pour tous ceux que la technologie intéresse, il faut avouer que c’est tout de suite nettement plus intéressant qu’un Windows 2000 v3 ;)

A-t-on encore le DROIT d’écouter un CD ?

Vendredi 23 septembre 2005

Croyez-vous encore en la compatibilité entre exception culturelle et édition ? Les majors cachent pourtant de moins en moins leur volonté de faire plier la première devant la seconde. Et en voici un bel exemple.

Quand vous achetez un objet, il vous appartient, et vous pouvez en faire ce que vous voulez. Quand vous achetez un disque, c’est un peu différent : le support matériel vous appartient, mais pas son contenu. Jusqu’à récemment, on considérait que ce pourquoi vous payiez (cher) était le droit d’écouter ce contenu, comme bon vous semblait tant que ça restait un usage privé.

Et aujourd’hui, alors ? Eh bien, de plus en plus, vous payez (toujours aussi cher) pour… faire ce qu’on veut bien que vous fassiez avec ! En effet, grâce aux DRM, les éditeurs tendent à borner l’utilisation d’un CD audio à la simple écoute sur un lecteur standard ou sur un PC équippé de Windows.

D’où problème : que faire si on utilise un Mac ou un PC sous Linux ? Jusqu’à présent, cette question gênante était soigneusement éludée. Aujourd’hui, Tommi Kyyrä, porte-parole de la branche finlandaise de l’IFPI, ose le dire : “si les DRM gênent votre ordinateur… allez acheter un lecteur de CD normal !” Mine de rien, le fait de pouvoir écouter son CD passe de l’état de droit à celui de privilège, contredisant ainsi un des principes de la culture : celle de pouvoir être accessible à tout un chacun, sans distinction.

La route est de plus en plus clairement tracée : le droit à la culture et le “fair use” (usage permissif/raisonnable) sont menacés par les intérêts de l’édition.

Plutôt que d’être culturel, le 21ème siècle risque de ne pas être…

Baladeurs : ça racke !

Lundi 19 septembre 2005

Creative, qui n’en finit plus de vouloir battre Apple sur le terrain de baladeurs audio (l’épisode précédent était le fameux “méééheuuu d’abord c’est nous qu’on a inventé le baladeur MP3, même que c’est l’USPTO qui le dit !“), vient de signer un partenariat avec TF1 pour lancer ça :

Baladeur Star Ac'

Eh oui, un baladeur Star Ac’ ! Avis aux amateurs : il vous en coûtera 50 euros pour ressembler à vos idoles, car la campagne promotionnelle impose aux élèves l’utilisation du bidule en présence des caméras. Mais réfléchissez quand même avant de vous précipiter dessus pour y coller les superbes reprises de cette joyeuse troupe de “chanteurs” : il s’agit d’un entrée de gamme très basique, (moche,) et fonctionnant sur piles.

Allez, petit coup de pouce aux productions respectives (que je ne connais pas) de toutes ces émissions à 2 balles (la minute) : lancez un baladeur vidéo “L’île de la tentation” avec les vidéos des coupables ébats pré-enregistrées, ça fera un carton ! Et pourquoi pas un baladeur audio “Le pensionnat de Trucmuche” avec leçons de grammaire incluses et décharge d’électrécité en cas de mauvais résultats ? Et à peine plus cher : la machine à voter américaine pour être sûr de ne pas faire la vaisselle si on décide de se faire entre amis des vacances façon Koh-Lanta…

Pays-Bas : tous fichés

Dimanche 18 septembre 2005

L’Associated Press nous révèle que le gouvernement hollandais projette de créer une base de données électronique sur l’ensemble de sa population à partir de 2007. Dès lors, chaque individu se verra, du berceau à la tombe, associer une fiche contenant des données relatives à la santé, la famille, l’éducation, et bien sûr le casier judiciaire.

Jan Brouwer, ministre de la santé, annonce que personne n’aura accès à tout le fichier en même temps, et que les institutions ne pourront prendre connaissance que “drapeaux rouges” concernant leur domaine d’activité. Mais on se doute bien que le but est de croiser ces informations. Le ministre ne s’en cache d’ailleurs pas : le but est qu’au bout d’un certain nombre de signaux d’alarme tirés, des organisations prennent des décisions. “Pour protéger les gens”, bien entendu.

Connaissez-vous le meilleur moyen de faire cuire une grenouille ? Ce n’est pas de la plonger tout de suite dans l’eau bouillante, non, car elle s’enfuira d’un bond. Il s’agit au contraire de la plonger dans l’eau tiède, agréable, puis d’augementer la température progressivement, pour qu’elle ne se sente pas brusquement incommodée et qu’à la fin, la chaleur la fatigue assez pour l’empêcher de sauter… Je pense que cela illustre parfaitement la façon dont “on” fera en sorte de nous imposer, à moyen terme, ces systèmes de flicage intimicides qui nous paraissent encore iniques et irréalisables aujourd’hui. Progressivement, sans faire de vagues… jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Sourdingue génération

Mercredi 14 septembre 2005

On nous rabache les oreilles avec ça depuis un bon moment déjà, et pourtant on n’y fait pas vraiment attention : nous, et plus particulièrement les plus jeunes d’entre nous, prenons des risques avec les baladeurs musicaux. Les scientifiques envoient donc régulièrement des messages d’alerte quant au volume sonore que nous infligeons à nos oreilles.

La problématique est désormais bien connue et avérée : l’augmentation des perturbations sonores produites par les environnements dans lesquels nous vivons nous incite à nous réfugier dans la musique, et en poussant le volume sonore toujours plus haut en espérant ne plus les entendre. Fatale erreur !

En revanche, j’ai tendance à penser que les solutions suggérées la plupart du temps sont, elles, plus que discutables. A commencer par celle citée dans l’article linké ci-dessus, à savoir que le fait d’écouter 1 heure de musique sur son baladeur à 60% du volume maximum est relativement sûr. Ce n’est, je pense, pas du tout comme ça qu’il faut voir les choses. En effet, cette recommandation néglige plusieurs facteurs :

  • la puissance maximale du matériel, qui peut varier de 90 à 110 dB (un gouffre sur une échelle logarithmique)
  • la puissance sonore que dégage chaque morceau (entre du classique et du rock, vous devez comprendre ce que je veux dire)
  • le niveau sonore auquel le morceau a été enregistré (qui peut varier du simple au double d’un disque à l’autre)
  • les types de sons employés (certaines fréquences sont plus nuisibles que d’autres, et certains mélanges très riches en harmoniques sont bien plus dangereux que d’autres)
  • Voilà pourquoi il est grand temps qu’on commence à essayer de solutionner le problème en se basant non pas sur des chiffres mais sur des repères plus humains, quelque chose qui permette de savoir instinctivement qu’on écoute sa musique trop fort sans avoir besoin de valeurs théoriques et peu significatives. La limitation à “100 dB” de la puissance maximale des baladeurs en France en est d’ailleurs un bel exemple : un disque enregistré à un niveau maximal sera quand même dangereux alors qu’un disque de musique calme à faible niveau se retrouvera inaudible. Préférons donc nous poser des questions comme “est-il normal qu’avec de la musique dans mon petit casque ordinaire je n’entende pas le bruit d’une voiture qui me passe juste devant ?” (la bonne réponse est “non”).

    En attendant de bonnes solutions techniques plus convaincantes que les récentes tentatives d’égalisateurs de puissance sonore, vous pouvez aussi vous procurer des écouteurs intra-auriculaires : leur principale qualité est de vous isoler des bruits extérieurs et donc de pouvoir bien entendre la musique sans avoir à pousser le volume.

    Multi-boum préemptif

    Mardi 13 septembre 2005

    En 2002, le secrétaire à la défense américaine (Donald Rumsfeld pour ceux qui ne le sauraient toujours pas) avait annoncé une modification dans la procédure d’utilisation des armes nucléaires. Connaissant les positions du bonhomme et de son copain de président, beaucoup de spécialistes de la question s’étaient inquiétés de voir apparaître une clause de “préemptivité nucléaire”, c’est à dire la possibilité d’attaquer en premier, préventievement, avec une bombe atomique.

    Eh bien aujourd’hui, en septembre 2005, c’est presque fait. Le plus puissant pays du monde (sauf en matière de secours humanitaire) en aura bientôt fini avec l’époque du “si tu m’envoies une bombinette, alors moi aussi, na.” Place au plus radical “si tu fais mine de vouloir m’embêter avec une (éventuelle) arme de destruction (éventuellement) massive, alors je t’envoie mes missiles !”

    Mais ce n’est pas tout : en effet, la proposition de texte que ce cher Donald va bientôt devoir signer présente, entre autre réformes, la clause tant redoutée : la bombe nucléaire fera partie de l’arsenal utilisable en cas de présomption d’attaque imminente mais aussi en cas d’ “intention d’utiliser une arme de destruction massive”. Tant qu’à faire, introduisons le “si tu te bricoles une arme, je te la fais exploser dans la main et t’offre un surplus de radiation en bonus.”

    Même si les responsables du papier prétendent qu’une telle disposition est nécessaire pour rendre véritablement efficace la dissuasion, est-il besoin de rappeler la façon honteuse dont a été brandie le spectre des ADM pour lancer la guerre en Irak pour comprendre la signification alarmante de cette nouvelle ?

    Yahoo, vive la balance !

    Mercredi 7 septembre 2005

    Le 30 avril dernier, un journaliste chinois de 37 ans, Shi Tao, a été condamné à 10 ans de prison. Il lui est reproché d’avoir envoyé à des journalistes étrangers une copie d’un mail interne du gouvernement chinois afin de montrer de son agitation face à un risque de déstabilisation sociale à l’occasion des commémorations pour les 15 ans de la révolte de Tienanmen.

    Déjà inquiétant en lui-même mais hélas habituel dans ce pays, cet événement en cache un autre : Yahoo, entreprise américaine, a aidé le gouvernement chinois en lui fournissant les informations techniques destinées à son arrestation.

    C’est Reporters Sans Frontière qui vient de révéler l’affaire, et tire ainsi le signal d’alarme devant l’augmentation des tendances “collabo” des grandes entreprises américaines (Yahoo, Microsoft, Google…). On connaissait déjà leur propension à appliquer les coutumes locales de la censure, au niveau des recherches, des sites, des blogs et des forums notamment, voilà maintenant qu’elles acceptent de dénoncer des journalistes qui font leur travail.

    De la part de sociétés dont le pays d’origine prône la liberté d’expression comme premier amendement de sa constitution et entend infliger ses valeurs aux “pays voyous”, ça fait peur.

    Protège-toi toi-même !

    Mardi 6 septembre 2005

    “Au lieu d’utiliser des cartes volées, les criminels d’aujourd’hui préfèrent s’approprier l’identité d’autres personnes et utiliser une carte en leur nom”.

    Tel est le constat du Docteur Emiliy Finch, chercheuse en criminologie à l’Université de East Anglia en Angleterre. Selon elle, les fraudes et arnaques profitent de plus en plus d’un grave défaut des sociétés modernes : la technologie inspire trop la confiance. Et qui dit trop de confiance dit manque de vigilance, qui se traduit de deux façons complémentaires : par la quantité d’informations d’identification que nous laissons derrière nous (et notamment dans nos poubelles), et par notre disposition à fournir des informations confidentielles à des gens peu scrupuleux.

    La fraude moderne, lorsqu’elle est confrontée à des obstacles technologiques, tend dès lors à utiliser les faiblesses de l’homme plutôt que celles de la machine. Les systèmes de protection sont certes plus efficaces, mais également plus flous, donnant ainsi une fausse impression de sécurité totale et nous font baisser notre garde.

    Les pirates connaissent surtout très bien les gens et ce qu’il faut faire pour obtenir de leur part de quoi contourner les protections ; chacun d’entre nous est donc à la fois son meilleur ami et son pire ennemi. Faudra-t-il bientôt que les experts en sécurité travaillent main dans la main avec les sociologues ?