Archive pour octobre 2005

Riposte graduée : passera, passera pas ?

Vendredi 28 octobre 2005

Une technique de chasse au pirates dans le vent aujourd’hui consiste à contrer un pirate de façon d’abord gentille (mail d’avertissement), puis, en cas de désobéissance, de façon plus sentie en lui réduisant son débit, pour enfin lui couper complètement son accès au net. Cette répression par palliers est couramment appellée “riposte graduée”.

Hier, on apprenait que la CNIL refusait d’approuver le procédé aux divers syndicats de l’industrie du disque qui voulaient en faire leur nouvel outil répressif. Jolie claque envoyée à ces groupements d’intérêts mercantiles qui n’en finissent plus de tout faire pour retarder les réformes nécessaires.

Les raisons du refus de ces procédés sont claires :

    - ils permettraient une surveillance trop précise et continue des réseaux d’échanges de fichiers “peer to peer” ;
    - ils peuvent aboutir à une collecte massive de données à caractère personnel ;
    - ils prévisagent plutôt des actions de masse qu’individuelles ;
    - ils auraient pour effet de concentre tout le pouvoir de décision juridique à des entreprises privées.

Aujourd’hui, réponse du ministère de la culture : « la CNIL ne remet pas en cause la mise en place d’une approche graduée afin d’offrir une alternative aux poursuites judiciaires. La CNIL ayant précisé que les messages de prévention ne sont pas possibles dans l’état actuel des textes, l’examen de la transposition de la directive sur le droit d’auteur pourrait être l’occasion de faire évoluer le cadre juridique et de l’adapter à ce nouvel environnement. »

En clair : “la CNIL considère cette technique comme illégale, donc on va la rendre légale en créant la loi correspondante”. Dans l’urgence, celle-là aussi ? Le délit de sale gueule est illégal aussi, mais l’Afrique du Sud et les USA en leur temps nous ont montré que ce ne peut être qu’une affaire de textes…

Ton brevet ou notre santé d’abord ?

Dimanche 23 octobre 2005

Le gouvernement taïwannais vient de se poser une question d’un intérêt fondamental : “qu’est-ce qui est le plus important entre la santé de mon peuple et l’argent récolté par d’autres personnes ?

J’imagine que tout le monde (en tout cas tous ceux doués d’un minimum de bon sens) a la même réponse sur le bout de la langue. Mais il est un domaine où la question nécessite d’y réfléchir beaucoup plus sérieusement : celui de l’entreprise internationale privée. La question qui s’est réellement posée est en réalité celle-ci : “qu’est-ce qui est le plus important entre la santé de mon peuple et l’argent récolté par un laboratoire pharmaceutique étranger ?

La problématique est simple : comme vous le savez surement grâce au tapage incessant que nous en font les médias, le H5N1, plus connu sous le nom de grippe aviaire, inquiète le monde entier. Et même si ses quelques dizaines de morts en 2 ans sont un chiffre ridicule face aux 4 millions sur la même période à cause du paludisme (les occidentaux aiment décidément beaucoup se faire peur), la psychose est déjà bien installée. Et ce n’est pas Roche, le laboratoire pharmaceutique suisse, qui va s’en plaindre : son brevet international lui accorde le droit exclusif de fabriquer et de vendre non pas LE médicament contre le H5N1 mais un UN médicament, le Tamiflu, considéré comme le moins inefficace.

Peur, urgence, brevet, exclusivité : tous les ingrédients sont réunis pour faire allègrement augmenter le prix du Tamiflu, et donc les recettes de Roche. Pour ne pas passer pour un monstre aux yeux du monde, l’entreprise a annoncé avoir lancé des négociations en vue de faire fabriquer le médicament par d’autres laboratoires, afin d’augmenter la production (et hop, on augmente encore ses ventes sans avoir à investir). Mais aujourd’hui, le gouvernement taïwannais annonce avoir décidé de lancer sa propre production du médicament sans attendre la fin des négociations avec Roche. Et le responsable de la santé au Taïwan d’accuser le laboratoire privé de vouloir noyer le poisson : “Nous avons fait preuve de bonne volonté et nous respectons leur brevet, mais la protection de notre peuple est la chose la plus importante.

La négociation a-t-elle été véritablement bien menée d’un côté comme de l’autre, on l’ignore bien sûr, mais le problème n’est pas là. Ici se trouve une fois de plus épinglé la question de la santé contre les intérêts privés, conflit qui aboutit encore trop souvent à la victoire de ces derniers et ralentit considérablement la vitesse de réaction des organisations sanitaires. Sans forcément les faire disparaître, il faudrait forcer les brevets médicamenteux à inclure une clause de préemption gouvernementale en cas d’urgence. Si cette urgence (je pense) nettement exagérée pouvait au moins avoir le mérite de faire méditer les autorités là-dessus, un grand pas pourrait enfin être franchi…

Le premier virus légal !

Jeudi 20 octobre 2005

Début octobre, la Finlande a transposé à sa façon la directive européenne EUCD (protection des oeuvres copyrightées). Rappellons que ce texte vise à empêcher le piratage en rendant légales les protections matérielles et logicielles et en interdisant la diffusion d’outils ou de renseignement visant à contourner ces protections. Le texte est d’ailleurs à l’ordre du jour en France avec le DADVSI (vous n’en entendez pas parler ? c’est normal).

Afin de montrer les défauts de cette loi, ‘Muzzy‘, un membre de l’université de Helsinki, a mis au point un virus un peu particulier, puisque son but est de protéger ses oeuvres. Il n’est pas infectieux car il ne se propage pas : détruisez le document et le virus disparaîtra en même temps.

Ce qu’il y a de si spécial, c’est que du coup, l’auteur a créé le premier virus au monde à être protégé par un texte de loi ! Et qui plus est, il pourrait bien rendre illégal tout moteur anti-virus qui voudrait l’éradiquer… maintenant imaginez qu’un petit malin récupère l’idée et en ponde une version nettement plus méchante (avec destruction de fichiers de l’utilisateur, par exemple) : vous voyez venir l’horrible monstre protégé par la loi ?

En plus des problèmes déjà connus de ce texte (notamment celui du double paiement de l’oeuvre, et de la taxe sur les supports vierges alors qu’on ne pourra plus les copier), voici une illustration de ce qui peut arriver quand une loi passe sans réelle réflexion, pour satisfaire les industriels qui défendent leurs intérêts mercantiles : un texte difficilement ou pas applicable, voire dangereuse. Il faut espérer que de telles initiatives pertinentes se multiplient pour espérer voir ce texte abusif complètement repensé.

Le blog pour les cons

Lundi 17 octobre 2005

Tristant Nitot a déterré un bien affreux lièvre que je n’hésite pas à vous montrer du doigt. C’est vrai qu’il fallait bien que ça arrive un jour, mais ça fait quand même son petit effet chez ceux qui aiment les blogs pour leur côté personnel et créatif.

Vous pensez que les blogs c’est l’avenir mais vous n’avez pas le temps d’en écrire un ? Vous trouvez que les blogs c’est cool mais vous n’avez pas envie de faire l’effort de vous y plonger ? Vous appréciez le partage et l’intimité de ces sites personnels mais vous n’avez pas envie d’y investir de votre personne ? Alors voilà la solution : le cyber-nègre !

Jugez plutôt :

Première possibilité : Nous rédigeons les billets pour vous, nous bloggons pour vous : vous nous transmettez des informations sur une base et une fréquence prédéfinie et nous publions.

Deuxième possibilité : Nous pouvons également créer et rédiger un contenu pertinent en rapport avec votre environnement sans que vous ayez à nous alimenter en informations

Bien sûr un mix des deux possibilités est également possible (voire recommandé).

Allez, mec, laisse-nous faire ton blog contre de l’argent et va frimer un peu partout sur le web et dans les soirées mondaines où sont acclamés tous ces faux autobiographes qui sévissent déjà dans le monde du livre. Après tout, on le sait, le web ne vaut guère mieux…

P2P : téléchargez, mais ne partagez pas !

Jeudi 13 octobre 2005

Mardi dernier, le tribunal du Havre a condamné un internaute qui partageait 14 787 titres de musique à une amende de 500 euros et 3000 euros de dommages et intérêts à la SACEM. Cette affaire est intéressante à deux points de vue étrangement opposés.

D’un côté, il faut noter que le seul chef d’accusation retenu a été le fait de mettre à libre disposition ses fichiers sur le net. Le juge mentionne en effet que le procureur de la République du Havre “n’a pas retenu après débat l’infraction de reproduction de fichiers“. L’exception de la copie privée (libre copie pour utilisation personnelle) est donc ici confirmée légale, conformément à un jugement précédent l’été dernier. Le poursuivi n’eût-il point partagé son butin qu’il n’aurait même pas été inquiété. Voilà qui est rassurant pour ceux qui aiment copier leurs CD achetés sur plusieurs dispositifs, mais également pour ceux qui ne veulent rien payer.

D’un autre côté, un constat inquiétant surgit : à 3000 euros pour presque 15000 fichiers, on en arrive à 20 centimes d’euros par fichier. Un tarif nettement plus bas que tout ce qu’on peut trouver sur le marché légal. L’association des audionautes va même jusqu’à qualifier ce tarif de “licence judiciaire”. Quel crédibilité peut-on dès lors accorder à la prévention du piratage de musique ? En caricaturant un bin, on pourrait même imaginer un marché parallèle de la musique dans lequel les titres seraient vendus juste au-dessus de ces 20 centimes, avec toute plainte de violation des copyrights classé en simple “pertes et profits”…

La copie privée, c’est à dire le fait de pouvoir librement utiliser le fruit de ses achats et de pouvoir en faire profiter ses proches, doit être protégé, c’est une évidence. Mais on a ici une porte ouverte en faveur d’un excès dangereux. Et si, à terme, les intérêts des majors devaient prévaloir, on sait déjà quelle liberté en pâtira.

Chasse aux pirates : quand les brevets s’en mêlent

Mercredi 12 octobre 2005

Vous demandez-vous pourquoi on ne parle plus de plaintes “en masse” pour copie illégale de fichiers ces derniers mois en France ? Le magazine en ligne Ratatium vient de publier le résultat d’une enquête fort intéressante répondant - au moins en partie - à cette question.

Il semble bien qu’un litige oppose les 2 sociétés dont la SCPP (Société Civile des Producteurs Phonographiques) loue les services, CoPeerRight Agency et AdVestigo. Et quel type de litige ? Une sombre histoire de brevets portant sur des technologies d’identification des pirates et de pollution volontaire des flux P2P grâce à des fichiers corrompus.

Selon l’article, cette traque des vilains pirates de musique pourrait être bloquée pour plusieurs années, le temps que les différents jugements et recours se passent. Et que cette activité ne serait pas rentable, car demandant beaucoup de ressources par rapport aux résultats obtenus.

Musique en ligne : Microsoft serre les dents

Mercredi 12 octobre 2005

Fallait-il que Microsoft soit à ce point désespéré de battre Apple sur le terrain de la musique en ligne pour que la société de M. Bill passe un accord avec un de ses plus grands concurrents : Real.

Microsoft s’est ainsi engagée à verser quelque 761 millions de dollars à Real Networks, dont 460 en cash et 301 sous forme de participation au développement du service de musique en ligne Rhapsody (celui de Real, donc). En échange de quoi, Real renonce définitivement à ses poursuites judiciaires à l’encontre de de Microsoft à propos d’abus de monopole. M. Bill en profite donc pour acheter le silence des mécontents.

“Nos lecteurs multimédia restent concurrents”, précisent les intéressés. Comprendre : “nous nous allions à contre-coeur pour rattrapper Apple”. Microsoft n’aime pas partager, et encore moins soutenir un produit concurrent… sauf si c’est pour le racheter ensuite.

Toujours est-il qu’on a ici une preuve supplémentaire de l’écrasante domination d’Apple sur ce marché, qu’on sait désormais particulièrement juteux puisqu’il a été multiplié par 3 en l’espace d’un an seulement.

Tu ne crackeras pas… enfin pas toujours… enfin ça dépend dans quel pays

Mardi 11 octobre 2005

En ce moment, dans le cadre de sa publication périodique sur l’évolution du DMCA, l’US Copyrights Office est à l’écoute des idées du public à propos de quels types de médias et technologies devraient pouvoir être “crackées” de façon légitime.

La loi du DMCA, en effet, interdit tout contournement ou destruction d’un procédé protégeant un contenu soumis aux copyrights, à quelques exceptions près, notamment en cas de besoin lié à l’interopérabilité des systèmes. L’US Copyrights Office a cependant le pouvoir régalien de déclarer qu’un produit particulier a le droit d’être “dé-protégé” et en quelles circonstances. Initiative d’ouverture aux besoins des utilisateurs ou simple hypocrisie, attendons de voir ce qu’il en est.

Ce qui donne à cette petite news une saveur particulière, c’est de savoir qu’au même moment, le gouvernement français s’apprête à passer en force (i.e. avec un minimum de débat parlementaire) dans la transcription de la directive européenne EUCD qui est un DMCA-like. Pourquoi en force ? Probablement parce que l’interprétation française de ce texte est la moins permissive de toute l’union

Si ce n’est toi, c’est donc ta fille

Jeudi 6 octobre 2005

Certains d’entre vous se rappellent peut-être de la navrante histoire de cette fille de 13 ans que la RIAA accusait d’avoir copié et partagé illégalement en ligne de la musique. Il y a quelques mois, la toute puissante accusation avait déposé plainte contre sa mère, dans l’espoir d’en obtenir une grosse amende, comme pour les victimes de son gigantesque raid de plus de 700 odieuses personnes ayant piraté de la musique.

Pas de chance, en septembre dernier, la justice ordonnait la clôture du dossier. “Dismissed with prejudice”, voilà le verdict final, qui signifie que la plainte doit être retirée sans possibilité de la renouveler. Un beau coup de pied aux fesses de l’association vindicative, on peut le dire.

Question : que faire quand on ne peut pas atteindre la mère par le biais de la fille ? Eh bien on attaque directement la fille ! A ce niveau-là, on ne peut que se demander s’il ne s’agit pas d’un acte de pure revanchardise, tant il est dénué de morale tout autant que de bon sens.

Un jour, quand les artistes se rendront vraiment compte des personnes qui prétendent représenter leurs intérêts et leurs droits…

Touche pas à mes plans !

Samedi 1 octobre 2005

A New York, le métro souterrain est géré par une entreprise publique, la Metropolitan Transit Authority (MTA). Comme toutes les compagnies gérant des transports en commun, elle édite des plans détaillés de ses circuits. Et comme toutes les autres, elle distribue ces plans gratuitement. Oui mais…

IpodSubwayMaps est un site web destiné à tous ceux qui aimeraient se débarasser de ces plans encombrants et faciles à oublier ou égarer : en découpant astucieusement les cartes en morceaux, ils deviennent affichables et “navigables” sur un iPod. Une de ces initiatives qui aident à croire à l’entraide entre les gens, quoi. Oui mais…

Vous n’avez toujours pas deviné ? Eh oui, la MTA a demandé à William Bright, l’auteur du site, de retirer les plans du métro de New York, car il violait les copyrights associés à ces plans. De plus en plus fort, ces copyrights, décidément.

Outre la questionnabilité du pouvoir de déposer des plans (conçus pour s’adapter aux caractéristiques de l’environnement, donc pas de raison de les copier a priori), voilà qui met une belle claque supplémentaire au concept de service public, déjà souvent malmené de par le monde (y compris chez nous) ces dernières années. Une entreprise financée par l’argent du contribuable peut-être revendiquer des droits d’auteur sur ce qu’elle crée ? L’idée derrière le concept de service public n’est-elle pas que tout le monde est propriétaire de ce qui est ainsi réalisé, et non l’entreprise elle-même ? Welcome to the world…