Archive pour 1 octobre 2005

Touche pas à mes plans !

Samedi 1 octobre 2005

A New York, le métro souterrain est géré par une entreprise publique, la Metropolitan Transit Authority (MTA). Comme toutes les compagnies gérant des transports en commun, elle édite des plans détaillés de ses circuits. Et comme toutes les autres, elle distribue ces plans gratuitement. Oui mais…

IpodSubwayMaps est un site web destiné à tous ceux qui aimeraient se débarasser de ces plans encombrants et faciles à oublier ou égarer : en découpant astucieusement les cartes en morceaux, ils deviennent affichables et “navigables” sur un iPod. Une de ces initiatives qui aident à croire à l’entraide entre les gens, quoi. Oui mais…

Vous n’avez toujours pas deviné ? Eh oui, la MTA a demandé à William Bright, l’auteur du site, de retirer les plans du métro de New York, car il violait les copyrights associés à ces plans. De plus en plus fort, ces copyrights, décidément.

Outre la questionnabilité du pouvoir de déposer des plans (conçus pour s’adapter aux caractéristiques de l’environnement, donc pas de raison de les copier a priori), voilà qui met une belle claque supplémentaire au concept de service public, déjà souvent malmené de par le monde (y compris chez nous) ces dernières années. Une entreprise financée par l’argent du contribuable peut-être revendiquer des droits d’auteur sur ce qu’elle crée ? L’idée derrière le concept de service public n’est-elle pas que tout le monde est propriétaire de ce qui est ainsi réalisé, et non l’entreprise elle-même ? Welcome to the world…

Skype : recalé par la Défense française !

Samedi 1 octobre 2005

La nouvelle est passée plutôt inaperçue si on la compare à l’objet dont il est question, à savoir Skype. Le logiciel, déjà très célèbre pour la téléphonie (quasi-)gratuite dont il permet de bénéficier, a été victime, en début de semaine, d’un ordre d’éradication directement issu des ministères de l’éducation et de la défense, et applicable dans toute université et centre de recherche du pays. Rien de moins. La directive est extrêmement sérieuse : la note est même estampillée d’une classification “confidentiel défense” !

Des responsables d’état en ont récemment expliqué le motif : menace sérieuse vis-à-vis des réseaux informatiques. Ca ne veut pas dire que Skype soit plein de failles ou véhicule de virus, attention. Les craintes de l’état sont en effet beaucoup plus tournées vers la confidentialité des informations. En effet, la société luxembourgeoise qui édite le logiciel a beau dire que les conversations sont fortement protégées, les experts sont unanimes : il est impossible de déterminer si c’est effectivement le cas.

Skype utilise une batterie de protocoles totalement propriétaires dont on ne sait ni leur algorithme de cryptage, ni la façon dont transitent les données, ni les endroits par où elles passent… bref, rien du tout. Comment donc avoir confiance en ce logiciel pour véhiculer des données sensibles ou confidentielles ? Ajoutons que Skype a récemment été racheté par eBay, une société américaine connue pour ses courbettes particulièrement larges avec les autorités de tous les pays où elle propose ses services et on comprend parfaitement ces inquiétudes.

Problème : Skype incarne une façon de téléphoner en plein boom, et on ne peut se contenter d’en interdire l’usage. Il va falloir, pour compenser, que l’état étudie les alternatives et soutienne officiellement une ou plusieurs d’entre elles. Alors pourquoi pas Gizmo, le très prometteur projet open-source (et donc totalement transparent tout en restant sécurisé) poursuivant la même idée ?

Apple contre les majors : pas assez cher, mon fils !

Samedi 1 octobre 2005

Depuis son ouverture, iTunes Music Store, le magasin de musique en ligne d’Apple a su conserver ses préceptes qui en ont fait le succès mondial qu’il est devenu : un choix large, une intégration exemplaire avec iTunes et l’iPod, une simplicité d’utilisation déconcertante, une politique de droits d’utilisation et de copie claire, et surtout un prix constant de 0,99 dollar/euro par morceau.

Ce dernier point a plusieurs fois été remis en cause par les éditeurs de musique, qui aimeraient bien pouvoir empocher des marges plus généreuses sur leurs valeurs fortes, tandis qu’Apple soutient l’idée d’une constance de prix synonyme d’achats plus nombreux. La bataille commençait à doucement sortir de l’ombre quand Steve Jobs, patron d’Apple, a profité de sa conférence de presse parisienne à l’occasion de l’Apple Expo pour réaffirmer avec énergie sa stratégie : “ce serait une grave erreur qui reviendrait à dire aux gens: retournez au piratage de musique“.

Aujourd’hui, un chef de Warner Music a menacé Apple de lui supprimer l’accès à son catalogue s’il s’obstinait à suivre cette direction. Pour étayer son point de vue, il fait remarquer que tous les albums ne sont pas produits aux mêmes coûts et invoque l’argument selon lequel sa musique contribue à la vente d’iPod, alors que tout indique que c’est l’inverse.

Il y a encore quelques mois, les majors comptaient sur les offres de musique sur téléphone mobile pour secouer le quasi-monopole d’Apple sur la musique en ligne, mais il semble que les gens préfèrent encore posséder un iPod et télécharger leurs morceaux sur ordinateur pour 1 dollar plutôt sur leur téléphone pour 2 ou 3 fois plus. Dans ces conditions, fermer ses portes à Apple ressemblerait nettement plus à un suicide qu’à une stratégie viable de la part de ces éditeurs ui commencent enfin à payer le prix de leur immobilisme à l’époque où est née la musique en ligne.