Archive pour mars 2006

DADVSI et l’interopérabilité : un complot ?

Mercredi 22 mars 2006

Un des rares mesures à avoir été reçue assez positivement par tout le monde dans la loi DADVSI est l’amendement de l’article 7 prévoyant un devoir d’interopérabilité entre les vendeurs de musique. Après tout, il semble normal, tout comme un lecteur CD quelconque doit être lisible sur n’importe quel lecteur, que tout morceau acquis via un magasin en ligne soit utilisable sur n’importe quel baladeur. En fait, cette mesure est même tellement logique qu’avec un brin de cinisme, on arrive à se demander ce qu’elle fait dans cette loi si favorable à l’entreprise du disque.

Car oui, il ne faut pas se voiler la face, cette loi DADVSI a été complètement supervisée par les lobbys de l’industrie du contenu multimédia : ces énormes multinationales ne cachent même pas leur fantasme d’en rester à un modèle commercial où la musique reste intimement liée à un support physique. Après tout, ça permet de rendre l’axiome fallacieux du “copier un MP3 c’est comme voler une baguette de pain” tellement plus efficace. L’intérêt des majors est simple : empêcher les consommateurs et les artistes d’être indépendants, donc les empêcher de traiter directement ensemble. Passer par la case “éditeur” doit rester indispensable. Et pour cela, rien de mieux qu’imposer des DRM, par la loi s’il le faut. Une fois ces procédés légalisés, il suffit de criminaliser les utilisateurs qui les contournent et d’ “informer” les artistes, en marginalisant au besoin qui y sont opposés.

D’où est donc venu cet amendement sur l’interopérabilité ? Il a été déposé par Richard Cazenave, député UMP pourtant très favorable aux autres articles liberticides de la loi, et alors que les députés PS qui avaient déjà auparavant averti des menaces pesant sur l’interopérabilité s’étaient presque fait rire au nez. Cela ne cache-t-il pas quelque chose ?

Les analyses sont unanimes : cet amendement pose un problème aux plate-formes de musique en ligne telles que nous les connaissons aujourd’hui, à commencer par la plus populaire dans le monde entier : l’iTunes Music Store d’Apple. Apple a, disons-le tout net, lancé la musique en ligne à elle toute seule. Grâce à des prix et des limitations raisonnables, elle a réussi un pari audacieux : faire payer de la musique à des gens qui pouvaient très bien se la procurer, illégalement mais grauitement, via P2P. En quelques années, plus d’un milliard de morceaux ont ainsi été dûment payés. Le lancement des plate-formes concurrentes n’a eu lieu que bien plus tard : Real (service Rhapsody), Sony (portail Connect), Napster (version légale), Universal (via e-compil), Microsoft, tous ont suivi le courant en se coalisant autour du format WMA de Microsoft. Par souci d’interopérabilité ? A voir, dans la mesure où ils n’avaient pas vraiment le choix s’ils espéraient lutter contre le mastodonte Apple. Apple qui ne veut pas partager, il est vrai, et qui s’obstine à laisser iTunes et iPod exclusifs l’un par rapport à l’autre.

Tout cela fait qu’aujourd’hui, Apple est montrée du doigt comme le vilain impérialiste des fichiers protégés illisibles sur autre chose qu’iTunes et l’iPod. On attendait donc de savoir comment la firme allait réagir. Ce qui est fait depuis ce matin, par le biais de son porte-parole Nathalie Kerris :

L’implémentation française de la directive européenne sur les droits d’auteurs va engendrer une forme de piratage parrainée par l’état. Et si cela arrive, la vente légale de musique va chuter au moment même où elle commence à gagner face au pirage.

Au-delà de cette grosse claque à peine voilée en direction de messieurs Donnedieu de Vabres et Vanneste, que va-t-il se passer ensuite ? Bon nombre d’analystes prévoient qu’Apple va se retirer du marché de la musique en ligne si la loi devient effective après son passage au sénat. Compte tenu du business model “iTunes + iPod”, ce serait une réaction logique. Très logique…

…Trop logique ? Et si la volonté derrière cet amendement prônant l’interopérabilité était tout simplement d’évincer Apple du marché français ? On sait depuis longtemps que les dirigeants de Vivendi-Universal n’ont pas digéré l’insolent succès d’Apple sur le marché de la musique et qu’ils sont prêts à tout pour parvenir à déloger le méchant impérialiste américain qui ose leur tenir tête en bornant les prix à sa convenance et en permettant un nombre illimité de gravures. On parle beaucoup de chauvinisme industriel ces jours-ci, et on pourrait en voir ici une autre façade : comment une multinationale américaine, qui n’est même pas producteur de musique, peut-elle contrôler plus de la moitié d’un secteur de la culture française ?

Nul doute qu’en France, Apple est un concurrent très gênant. D’abord, elle n’est pas française. Ensuite, son coeur de métier n’est pas la musique. De plus, elle arrive à entretenir une image “cool” que n’ont pas les éditeurs, lesquels passent surtout pour des rapiats pleurnichards. Enfin, ses choix technologiques rendent l’interopérabilité coûteuse. En effet, si tous les magasins devaient fournir des musiques compatibles iPod, donc au format AAC, ça ferait que tous les fichiers devraient exister en deux exemplaires. D’autre part, l’iPod demeurant très lié au Mac, les concurrents d’Apple devraient dès lors rendre leurs fichiers et leurs logiciels compatibles avec lui (et avec Linux, en passant), ce qui ne leur approterait pas grand-chose étant donné la faible part de marché d’Apple pour les ordinateurs, et que la majeure partie des utilisateurs de Mac préféreraient iTunes de toute façon. Mais si Apple devait quitter la musique en France, cette ouverture technologique imposée par loi n’aurait plus lieu d’être.

Tout ceci n’est qu’une possibilité, ils est difficile d’être affirmatif. Mais avouez tout de même que cet amendement déposé un peu à la surprise générale comparé aux autres mesures de la loi laisse songeur. Bien sûr on pourrait dire qu’Apple n’est pas le seul visé par cet amendement. Certes, mais tous les autres utilisent le format WMA de Microsoft, à commencer pat le plus gros concurrent franco-français : la Fnac, qui connait un certain succès… si on met de côté la suprématie d’Apple, que certains aimeraient sans aucun doute récupérer si ce pionnier venait à quitter le marché. Alors, après l’amendement Vivendi pour tuer le logiciel libre, l’amendement Fnac pour bouter iTunes Music Store hors de France ?

Les DRM consomment de la batterie

Mardi 21 mars 2006

Les DRM, autrement dire les Moyens Techniques de Protection (les MTP adulés par notre ministre de la culture) sont des dispositifs matériels ou logiciels estinés à assurer le contrôle par les éditeurs de ce que vous faites de la musique (chèrement) achetée.

Les voilà depuis quelques jours sous le feu d’un projecteur ennuyeux : les batteries des baladeurs. Il semblerait en effet que la lecture de fichiers protégés provoque une augmentation de la consommation d’énergie des lecteurs portatifs. En soi, c’est logique : le cryptage représente une certaine quantité de calculs supplémentaires à effectuer par le processeur de la machine. Mais on ne s’attendait sûrement pas à 25% de surconsommation !

Les tests ont été menés sur plusieurs baladeurs capables de lire les fichiers protégés en WMA (Microsoft/PlayForSure) et font tous état de cette diminution d’un quart de la durée de vie de la batterie, ce qui est énorme. Le format d’Apple sur son iPod a lui aussi été testé, et même s’il est beaucoup moins gourmand, entraine néanmoins une perte d’énergie de 8% environ. Les DRM se heurtent donc à un nouvel arguement contre eux, la consommation des baladeurs étant un de leurs principaux critères de choix.

Screeners : dénoncez-les !

Mercredi 15 mars 2006

Après les Etats-Unis qui ont voté une loi criminalisant les gens enregistrant sur caméscope les films dans les salles de cinéma (à des peines équivalentes à celles encourues par les grands trafiquants et contrebandiers, certains meurtriers ou violeurs d’enfants) voici que le Canada prend à son tour de nouvelles initiatives lutter contre ce phénomène : la délation avec récompense.

Offrir jusqu’à 500$ aux employés de salle qui ont aidé la police à appréhender un vilain copieur de films, une bonne solution pour éradiquer les screeners ? Bien sûr, pirater un film au cinéma pour le mettre sur des réseaux P2P, c’est moralement mal. Mais on ne peut s’empêcher de sourire en lisant ceci :

Une fois que la bande vidéo ou sonore est enregistrée par caméscope une seule fois, c’est une question de jours ou même d’heures avant que le film soit téléchargé sur des sites pirates sur internet. En un temps record, les pirates ayant accès à cette copie « maîtresse » la revendent à des manufactures illégales qui les reproduisent à la chaîne, les emballent et les expédient pour la vente sur le marché noir. Les petits distributeurs les offrent alors à travers le pays et même outre-mer. Les copies illégales de films se retrouvent dans les marchés aux puces et sur la rue, sur les sites d’enchères par internet ou sur des sites web quelques jours seulement après leur sortie en salle.

Les films piratés au caméscope sont peut-être en effet vendables en marché noir dans les pays qui n’auront le privilège de voir le film que longtemps après sa sortie. Mais sur l’internet là on peut sérieusement en douter : qui achèterait une copie pirate sur eBay alors qu’elle est disponible en P2P ?

Elément important à prendre en compte : la qualité des films ainsi diffusés. Entre un tel enregistrement et un DVD ou un DivX, il n’y a pas photo, comme on dit. Un screener ne fournira jamais la même expérience qu’une projection sur toile, qu’un disque du commerce ou un rip fait dans les règles de l’art. On peut donc difficilement imaginer quelqu’un conserver un film piraté au caméscope dans sa vidéothèque à la façon d’un DVD. J’ai tendance à penser que le seul effet réel, dans nos pays occidentaux, est de permettre aux spectateurs de voir un film qui n’est pas diffusé en salle près de chez eux ou de choisir s’ils iront voir le film au cinéma ou pas.

Rappelons également que depuis l’arrivée des équipements de projection numérique, les pirates au caméscope ont une concurrence sévère : celle des certains employés de salle de cinéma qui n’hésitent pas à faire et diffuser de bien meilleures copies que ce que peuvent faire les autres pirates. C’est ainsi que les épisodes I et II de Star Wars se sont tous retrouvés sur le net en bonne qualité avant même leur première. Les éventuels spectateurs dénonçant de telles pratiques, nettement plus dommageables pour l’industrie du film, seront-ils récompensés ?

Les cadeaux, il faut parfois les demander

Jeudi 9 mars 2006

Dans la vie, il y a deux façons d’envisager les cadeaux : comme des actes qui doivent être spontanés ou comme des choses à demander qu’on vous fasse. Et inutile de vous révéler laquelle permet d’en recevoir le plus : les dictons comme “qui ne tente rien n’a rien” ou “il n’y a rien à perdre à demander quelque chose” le font mieux que moi.

Se retrouvant en possession de 100 timbres non usagés, un “average guy” américain s’est proposé d’écrire une lettre à autant de compagnies pour leur demander de lui envoyer quelque chose de gratuit : produit, échantillon, bon d’achat, n’importe quoi. Il consigne les résultats de son expérience (jusqu’ici 13 cadeaux pour environ 60$) sur le site web qu’il a ouvert pour l’occasion, et en profite pour faire quelques commentaires personnels.

On pourra sûrement arguer que l’idée n’est pas nouvelle et que d’autres personnes l’ont fait avant, mais la lecture du compte-rendu vaut tout de même le coup, ne serait-ce que pour certaines lettres. Car l’auteur a bien fait les choses : ce sont réellement 100 lettres personnalisées qu’il a écrites, certaines très directes :

“Dear Sir or Madam: I love traveling. Please send me a coupon for a free or discounted rental car. It will be good karma. Thank you in advance.”

…et d’autres plus amusantes :

“Dear Sir or Madam: I’m going to be honest with you. I am a poor slob who drives a bike. Not a motorcycle – a bicycle. Please send me a BMW keychain, so I can at least pretend to have some class when I’m around people. Thank you in advance.”

Bref, un bon petit site pour nous rappeler que dans la vie, la générosité est un trait de caractère qui a souvent besoin d’être titillé.

Hackez mon Mac !

Jeudi 9 mars 2006

Avant-hier, on apprenait qu’un mini-challenge avait été organisé par un possesseur d’un Mac Mini, le principe étant de s’ajuger les droits d’administration de la machine (mode “root”) et donc de pouvoir en modifier les fichiers.

La mise a l’épreuve n’a pas duré bien longtemps : quelques heures avant qu’un petit malin y parvienne, au bout d’environ 30 minutes de manipulations. Interviewé, le hacker nommé “gwerdna” a révélé avoir utilisé des failles pour l’instant non publiées du système Mac OS X, lesquelles seraient nombreuses selon lui.

Il convient néanmoins de tempérer l’événement. En effet, l’initiateur du concours était parti sur l’idée d’ouvrir un compte local pour tous les participants au concours. Chacun d’eux avait donc un accès direct à la machine, permettant de passer des commandes à distance (via l’internet) comme s’il était directement en face ou sur le même réseau local. Il s’agit donc de “indoor hacking” et non d’une réelle intrusion de l’extérieur : le hacker n’a eu qu’à faire ce que dans le jargon on appelle une escalade de droits afin d’accéder aux droits d’administration en partant de droits standards. On ne parle donc pas ici réellement de sécurité de la machine vis-à-vis de l’internet, mais plutôt de la sécurité à l’intérieur d’un groupe de travail, ce qui n’est pas du tout la même chose.

Afin d’illustrer la différence entre les deux notions, un autre internaute a lancé un concours rigoureusement équivalent, à ceci près que les participants ne disposaient pas de compte dès le départ. Le test a ainsi duré 38 heures, et aucune prise de contrôle n’a été ni constatée ni revendiquée, malgré le demi-million de requêtes via le web et les 4000 tentatives de connexion à distance via SSH (lignes de commande).

Voilà qui rétablit un peu l’équilibre. La presse en ligne spécialisée, elle, a fait largement écho au premier épisode de cette affaire, comme on pouvait s’y attendre. En effet, on a l’impression que depuis que le Mac est de retour sur le devant de la scène informatique grand public, jusqu’ici monopolisée par Microsoft, se croire à même de prétendre que le Mac est mal protégé devient branché… Une façon d’exorciser le mal chez les adeptes de Windows ?

Bien sûr, et comme le précisent également les organisateurs de ce second test, ceci ne prouve pas l’infaillibilité totale du système. D’ailleurs ce n’était pas son but, même si une machine grand public (un Mac Mini) en configuration standard a quand même bien tenu le coup face à une rafale d’attaques organisées. Ce qui est à retenir est qu’il faut toujours bien préciser les conditions dans lesquelles un test est mené, et ainsi quel type de sécurité est mise en jeu.

Lire son courrier en dansant

Vendredi 3 mars 2006

Les joueurs de Playstation ont sûrement déjà essayé “Dance Dance Revolution”, un jeu de danse qui se pilotait au moyen d’un tapis muni de gros bouton sur lesquels poser ses pieds en rythme.

Hier, Microsoft a dévoilé un projet actuellement paufiné par ses laboratoires : le StepUI. Il s’agit donc d’un tapis permettant de piloter des logiciels : StepMail, un logiciel de messagerie, et StepPhoto, un organiseur de photothèque.

StepUI

La principale motivation derrière ce projet est la santé : l’objet entend lutter contre l’obésité, le manque d’exercice et les troubles articulatoires, symptômes régulièrement reprochés aux longues heures passées en position assise devant l’ordinateur.

On peut néanmoins se demander si la chose est vraiment pertinente, du moins en l’état. Passe-t-on suffisamment longtemps à lire son courrier ? Le dispositif ne permet en effet que de le consulter, imposant donc de retourner sur le siège dès qu’on veut y répondre ou faire autre chose. En fait, le dispositif manque cruellement d’un dispositif de pointage (type souris) et d’un de saisie (type clavier). Reconnaissance vocale indispensable ?

De plus, pour permettre de bien bouger, il doit être couplé à un grand écran, que peu de gens possèdent. Sans parler du fait que des exercices désordonnés ne sont que rarement efficaces, et qu’on imagine difficilement la lecture de courriers proposer un exercice bien organisé.

Attendons donc de voir l’idée, encore au stade de projet, se concrétiser, mais sans non plus se bercer d’illusions : il n’y aura jamais meilleur sport que celui qu’on fera sur son temps libre, dans un état d’esprit frais et dispos.

Une encyclopédie dans la poche

Mercredi 1 mars 2006

Wikipedia, en plus de devenir une encyclopédie de plus en plus respectable, fait foisonner les projets. Et après l’annonce de sa prochaine publication en versions papier, CD et DVD, c’est au tour de l’iPod d’accueillir l’ouvrage en perpétuelle expansion.

Actuellement proposé en versions anglaise, allemande et italienne, Encyclopodia nécessite également d’installer Linux sur son iPod. Ce n’est pas aussi facile que copier des musiques depuis iTunes, mais le tutoriel a l’air plutôt bien fait.

Encyclopodia

Preuve supplémentaire du succès rencontré par ces deux éléments modernes que sont le baladeur et l’encyclopédie collaborative, ce projet met à portée de beaucoup de gens la possibilité de disposer d’une énorme quantité de connaissances, consultable à loisir, au fond de sa poche.