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Screeners : dénoncez-les !

Mercredi 15 mars 2006

Après les Etats-Unis qui ont voté une loi criminalisant les gens enregistrant sur caméscope les films dans les salles de cinéma (à des peines équivalentes à celles encourues par les grands trafiquants et contrebandiers, certains meurtriers ou violeurs d’enfants) voici que le Canada prend à son tour de nouvelles initiatives lutter contre ce phénomène : la délation avec récompense.

Offrir jusqu’à 500$ aux employés de salle qui ont aidé la police à appréhender un vilain copieur de films, une bonne solution pour éradiquer les screeners ? Bien sûr, pirater un film au cinéma pour le mettre sur des réseaux P2P, c’est moralement mal. Mais on ne peut s’empêcher de sourire en lisant ceci :

Une fois que la bande vidéo ou sonore est enregistrée par caméscope une seule fois, c’est une question de jours ou même d’heures avant que le film soit téléchargé sur des sites pirates sur internet. En un temps record, les pirates ayant accès à cette copie « maîtresse » la revendent à des manufactures illégales qui les reproduisent à la chaîne, les emballent et les expédient pour la vente sur le marché noir. Les petits distributeurs les offrent alors à travers le pays et même outre-mer. Les copies illégales de films se retrouvent dans les marchés aux puces et sur la rue, sur les sites d’enchères par internet ou sur des sites web quelques jours seulement après leur sortie en salle.

Les films piratés au caméscope sont peut-être en effet vendables en marché noir dans les pays qui n’auront le privilège de voir le film que longtemps après sa sortie. Mais sur l’internet là on peut sérieusement en douter : qui achèterait une copie pirate sur eBay alors qu’elle est disponible en P2P ?

Elément important à prendre en compte : la qualité des films ainsi diffusés. Entre un tel enregistrement et un DVD ou un DivX, il n’y a pas photo, comme on dit. Un screener ne fournira jamais la même expérience qu’une projection sur toile, qu’un disque du commerce ou un rip fait dans les règles de l’art. On peut donc difficilement imaginer quelqu’un conserver un film piraté au caméscope dans sa vidéothèque à la façon d’un DVD. J’ai tendance à penser que le seul effet réel, dans nos pays occidentaux, est de permettre aux spectateurs de voir un film qui n’est pas diffusé en salle près de chez eux ou de choisir s’ils iront voir le film au cinéma ou pas.

Rappelons également que depuis l’arrivée des équipements de projection numérique, les pirates au caméscope ont une concurrence sévère : celle des certains employés de salle de cinéma qui n’hésitent pas à faire et diffuser de bien meilleures copies que ce que peuvent faire les autres pirates. C’est ainsi que les épisodes I et II de Star Wars se sont tous retrouvés sur le net en bonne qualité avant même leur première. Les éventuels spectateurs dénonçant de telles pratiques, nettement plus dommageables pour l’industrie du film, seront-ils récompensés ?