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10 ans de web : rétrospective par Celeri

Lundi 12 juin 2006

Club-Sénat, Think Tank dédié aux nouvelles technologies, vient d’ouvrir un dossier consacré aux 10 ans de l’internet en France. Il ne s’agit pas d’un anniversaire officiel, mais d’un anniversaire pragmatique. C’est en effet en 1996 que les premières offres grand public d’accès au net ont fait leur apparition en France. L’association a fait appel à 10 experts en leur demandant quelles sont selon eux les 10 principales choses que l’internet a changé pour eux.

Je ne fais pas partie desdits experts (faut pas rêver), mais je consacrerai tout de même une note au même objectif. Car oui, cela fait 10 ans que j’utilise l’internet de façon personnelle. Ma toute première connexion date de février 1996, un jour où avec mon meilleur ami je mis les pieds dans un cyber-café sis à Grenoble. A l’époque, la quantité de sites internet était négligeable comparé à celle d’aujourd’hui, mais on trouvait tout de même quelques sites créés par des amateurs (très majoritairement américains), référencés par quelques rares moteurs de recherche, le plus puissant d’entre eux à l’époque étant AltaVista, créé par la société Digital. Et Yahoo n’était qu’un portail, c’est-à-dire un site qui référençait un certain nombre d’autres sites, et non un moteur de recherche.

Ce premier pied sur la toile mondiale ne fut pourtant pas ma toute première connexion à un système informatique distant. J’avais déjà éprouvé le service télématique CompuServe (devenu depuis un simple fournisseur d’accès au net) ainsi que son extension graphiques aux avatars animés “WorldsAway”). CompuServe avait comme particularité de lier entre eux de nombreux sites thématiques mais aux rubriques normalisées : espaces de téléchargement, d’aide, de news, de forum, de tchat… pour une centaine de francs mensuels et le prix des communications locales (remboursées à 65% entre 22h et 6h), on avait ainsi accès à beaucoup de choses. Avant CompuServe, je m’étais également essayé à des serveurs dits “BBS”, basés sur des interfaces comme FirstClass ou CalvaCom (auxquels on pouvait se connecter en reliant son ordinateur à un minitel si on n’avait pas de modem… tout une époque !). Les souvenirs sont plus flous, mais je dirais que ces premières connexions datent de 1992. Et très vite, les factures de téléphone infligées à mes parents se sont avérées salées.

J’ai eu la chance de bénéficier d’un abonnement d’accès à l’internet quelques mois après ma visite au cyber-café. Via un tout jeune fournisseur d’accès nommé Alpes-Networks. Je me rappellerai longtemps de la phase d’installation, qui n’avait rien à voir avec la façon dont ça se passe aujourd’hui. Physiquement, tout le monde était éligible, puisqu’il suffisait d’avoir une ligne téléphonique. Le problème ne venait donc pas, comme avec l’ADSL, de longueur d’ouverture de ligne. La vraie difficulté était l’installation logicielle. En ces temps, mon domicile comptait (déjà !) deux micro-ordinateurs : un Macintosh (modèle 7100 de la première série “PowerPC) et un PC (Pentium 133), chacun disposant d’un modem sachant exploiter une vitesse respective de 9600 et 14400 bits par seconde. On disposait donc de débits entre 30 et 50 fois plus faibles qu’un accès ADSL de base d’aujourd’hui, mais la gêne n’était pas proportionnelle, les données à transférer étant beaucoup moins nombreuses.

Sur le Mac, installer l’accès au net était moyennement compliqué : on copiait quelques fichiers dans le dossier système, on redémarrait, on saisissait quelques champs de texte pour paramétrer le script de connexion PPP, et c’était bon. Sur PC, il fallait installer le protocole TCP/IP qui se trouvait au fin fond du CD de Windows 95, redémarrer et saisir les paramètres IP dans une fenêtre de dialogue. La gestion du script de connexion n’était pas possible (ou du moins je n’y étais pas arrivé) et donc il fallait saisir ses identifiants à chaque connexion dans une fenêtre de terminal.

Le kit de connexion livré par Alpes-Networks installait le navigateur Mosaic, le pionnier du WWW, mais la première étape une fois connecté consistait invariablement à aller télécharger Netscape Navigator, alors déjà en version 2.0. On pouvait dès lors accéder à des sites gérant des technologies très avancées comme les frames, le JavaScript ou les cookies. Je me souviens du tout premier site commercial officiel que j’ai visité (et croyez-le ou non, les “.com” étaient VRAIMENT rares), il s’agissait de www.7up.com. Ce n’était pas que je fûsse particulièrement fan de cette boisson, mais ce site s’était donné un rôle de vitrine technologique. Par la suite, c’est un des premiers à exploiter la technologie Flash, en fin 1997.

Voilà pour les quelques souvenirs qui me viennent en premier lieu quand je repense à cette période de naissance de l’internet en France. Je connais assez peu de personnes qui ont pu être témoin des mêmes choses dans mon entourage direct, ce qui rend le sujet intéressant à raconter. Une hypothétique prochaine note tentera de dresser ma rétrospective à proprement parler, à savoir ce qui m’a marqué au fil des ans.