Archive pour septembre 2006

Des chiens renifleurs à la MPAA

Dimanche 24 septembre 2006

Les films piratés sont-ils détectable à la façon des drogues ? C’est ce que la MPAA espère, en tout cas. Elle vient en effet de lancer une grande campagne de promotion autour de ses deux nouvelles mascottes : Lucky et Flo, deux labradors noirs. Après presque un an d’entraînement spécial pour détecter les DVD piratés, la MPAA veut en faire les nouvelles vedettes de la lutte anti-piratage en leur faisant faire une promenade un peu partout aux Etats-Unis et dans une douzaine de villes d’Asie, dont Hong Kong et Singapour, avant de leur faire débuter officiellement une carrière de sniffeurs de DVD.

Lucky & Flo

Les charmants toutous ne sont pourtant pas des inconnus : jusqu’à aujourd’hui, ils s’exerçaient dans l’aéroport britannique de Stansted où ils avaient été mis en bêta-test - si vous me passez l’expression - depuis début mai dernier. Leur maître les avait alors lâché dans un entrepôt contenant des colis FedEx et les labradors avaient réussi à dénicher… des DVD originaux. Ca n’avait pas empêché Raymond Leinster, directeur de la Federation Against Copyright Theft (FACT) de qualifier cet essai de “formidable” car permettant de débusquer des DVD, même bien emballés et cachés au milieu d’autres marchandises.

L’objectif exprimé pour le moment est donc la capacité de déceler les grosses quantités de DVD, plus à même de représenter une fraude que les disques isolés. On peut se demander si la stratégie ainsi mise en avant par la MPAA sera porteuse, mais il est vrai que les quelques milliards de dollars perdus à cause des DVD piratés dans les pays de l’est encouragent à explorer sans cesse de nouvelles pistes… quitte à s’en remettre à la truffe de nos compagnons à quatre pattes !

“Tous en prison” : le test en live du DADVSI

Jeudi 21 septembre 2006

Quand une bande de citoyens très irrités par une loi décident d’en tester l’applicativité, ça donne ça : “Tous en prison”, menée par les autonommés “Intéropérabiliseurs” du collectif “Stop DRM” qui s’était déjà illustré récemment pour ses flash-mobs de protestation contre les verrous anti-copie.

Cette dernière initiative repose principalement sur trois audacieux enfreigneurs de la loi sur les droits d’auteurs : l’un d’eux a contourné la protection CSS d’un de ses DVD pour le copier sur son baladeur vidéo, un autre a cracké la protection de morceaux de musique achetées en ligne chez Apple et la Fnac et distribué via son site web le logiciel lui ayant permis de le faire, et le dernier a utiliser un logiciel libre sous Linux pour lire un DVD. Ils se sont portés volontaires pour aller avouer leur crime (puisque c’est ainsi que nos dirigeants considèrent la copie) au commissariat de police. Un premier pas de concrétisation d’une désobéissance civile comme celle à laquelle avaient appelé plusieurs associations opposées à la loi.

Les premiers résultats se veulent édifiants : reçus par le commandant de police lui-même, leur déposition s’est passé tout à fait normalement, et ils n’ont subi aucune détention. Ils attendent aujourd’hui qu’on leur fasse part des décisions prises par les autorités judiciaires.

Mais les trois compères risquent-ils réellement grand chose, voire même simplement quelque chose ? La loi DADVSI existe bel et bien, elle est même parue au Journal Officiel le 1er août dernier et est, par conséquent, considérée comme applicable. Oui, mais à ma connaissance, les décrets d’application ne sont toujours pas parus. Les décrets d’application sont, d’après le Conseil Constitutionnel, sont “nécessaires à la fixation de tous les détails qu’une loi n’a pu régler, détails sans lesquels la loi ne peut produire tous ses effets et se trouve donc paralysée”. A ce que j’ai compris, il s’agit en gros de ponts entre des lois écrites sur papier et les autorités sur le terrain, une sorte de mode d’emploi d’un texte législatif. Serait-ce la raison qui expliquerait le fait qu’un des policiers aurait posé la question : “Dites-moi, vous ne seriez pas en train de faire une dénonciation de délit imaginaire là ?”

Reste néanmoins la jurisprudence de l’affaire “Mulholand Drive”, qui offrit au gouvernement un argument providentiel au cours des débats pour le vote du DADVSI. Même si les décisions de justice sont théoriquement plus faibles en France que les textes eux-mêmes, la Cour de Cassation impose tout de même une ligne directrice à toutes les autres cours. “On veut un procès”, dit le groupe responsable de l’opération “Tous en prison” : il est clair que l’application stricte du DADVSI concernant ces trois personnes provoquerait certainement un tollé difficile à expliquer de la part du ministère de la culture qui continue (si, si) à soutenir mordicus que cette loi harmonise les délits et les peines liés au piratage…

Zune et le DRM viral

Samedi 16 septembre 2006

Cette semaine, juste avant que Steve Jobs, le frétillant patron d’Apple, ne présente au cours d’un “showtime” réservé à la presse ses nouveaux iPod, entre autres nouveautés, Microsoft annonçait officiellement son “Zune”.

Clairement destiné à être le premier réel iPod-killer, une de ses innovations est une fonction de partage de musique de proche en proche. En pratique, deux appareils Zune peuvent, s’ils sont à portée de réseau sans fil, échanger des fichiers musicaux ensemble. Une bonne idée, sans doute… mais si le procédé n’était pas considérablement bridé. En effet, quelle que soit le fichier ainsi partagé, le destinataire de la copie ne pourra écouter son nouveau morceau que 3 fois et dans un délai de 3 jours maximum. Au-delà, le fichier sera purement et simplement supprimé du baladeur. Dire qu’on a déjà vu plus permissif est un euphémisme.

Techniquement, comment ça marche ? Au moment du transfert d’un appareil à l’autre, une surcouche de DRM est ajoutée aux données. S’il n’est pas crypté, alors il le devient et s’auto-détruira peu de temps après. Microsoft invoque la protection des droits d’auteur pour légitimer cette idée. Mais comme le font remarquer plusieurs bloggeurs, cette “infection” de DRM dans un fichier non protégé à l’origine peut poser un problème, surtout avec les fichiers créés sous licence Creative Commons. Conçues dès le départ pour les artistes préférant le partage à la marchandisation et ainsi “encourager de manière simple et licite la circulation des œuvres, l’échange et la créativité“. Et voici ce qu’en dit la FAQ officielle de la Creative Commons :

Si quelqu’un utilise des DRM pour restreindre l’accès du moindre droit accordé par la licence, alors il viole cette licence. Toutes nos licences prohibent la distribution d’oeuvres utilisant un quelconque dispositif permettant de contrôler l’accès ou l’utilisation de l’oeuvre de quelque manière que ce soit.

Et comme les fichiers distribués sous Creative Commons peuvent très bien être des MP3 et que le Zune leur inflige ses DRM sans distinction, il y a dès lors un viol de la licence Creative Commons. Que va-t-il se passer maintenant, alors ? Un grand procès en perspective ? Une interdiction contractuelle de stocker de la musique en licence Creative Commons sur les baladeurs de Microsoft ? Je penche pour la seconde solution.

Freebre optique

Mardi 12 septembre 2006

En ce jour où le pays berceau de l’internet se recueille autour de ruines qui n’ont sans doute pas fini de faire parler d’elles, c’est en France qu’est annoncé ce qui se veut être pas moins que la première offre d’accès grand public par fibre optique au réseau mondial. Et c’est Free, le trublion de l’internet français, qui tient la vedette. Au programme : des débits de 50 Mb/s en envoi comme en réception, télévision en haute-définition, téléphonie illimitée, le tout pour 30 euros tout compris. Boum.

On pourrait dès lors se croire dans une scène en tout point similaire à celle d’il y a 5 ans, quand Free annonçait son offre ADSL à 30 euros quand France Télécom Wanadoo, alors en monopole de fait, proposait la même chose pour un prix trois fois supérieur. Mais ce serait négliger que cette fois-ci, Free entend bien exploiter un réseau qui sera entièrement sien, des centraux aux modems en passant par les répartiteurs.

Non sans une certaine ironie, Free a même promis de louer son futur réseau à ses concurrents. Ironie face à Wanadoo Orange, qui a elle-même annoncé un réseau en fibre optique il y a de cela quelques semaines, mais en s’assurant d’une couverture ministérielle dans sa volonté de ne pas vouloir d’un “dégroupage optique”. Free en profite pour se donner une image de partenaire des structures plus petites, et notamment des collectivités territoriales. Ou comment railler la privatisation totale de l’opérateur historique.

Mais Free ne s’arrête pas là : un peu plus tard dans la matinée, Free a annoncé vouloir faire bénéficier d’un accès gratuit. Bien sûr, le service fourni sera bridé par rapport à la version “normale”, mais contiendrait tout de même un accès “bas” débit, la téléphonie et les chaînes gratuites de la TNT. Grâce à lui, plus besoin de payer l’abonnement d’une ligne Orange France Telecom, ni de s’acheter un décodeur pour la télévision numérique terrestre. Officiellement, Free entend ainsi lutter contre la “fracture numérique”.

Oui mais laquelle, de fracture numérique ? Côté pécuniaire peut-être, mais qu’en sera-t-il de sa facette géographique ? Free a déjà expliqué son plan de déploiement : la fibre optique sera déployée prioritairement dans les zones où ses parts de marché sont supérieures à 15%. Autrement dit, les zones déjà bien couvertes par l’ADSL. Les campagnes, comme d’habitude, pourront toujours attendre. D’autre part, quelques voix s’élèvent déjà pour dénoncer ce qui pourrait bien s’apparenter à une astuce juridique : la fondation “Fondation Free” viserait moins à démocratiser l’accès à l’internet qu’à contourner les réglementations de la concurrence, et notamment au chapitre “dumping” (vente à perte).

Reste à voir ce qui sortira effectivement du chapeau de Free, qui est connu pour être friand des grands effets d’annonce, même s’il tiennent leurs promesses la plupart du temps (sauf pour les non-dégroupés, de plus en plus mécontents). Rendez-vous donc au premier semestre 2007, période annoncée pour l’arrivée des premières “Freeboxo”…