Archive pour février 2007

C’est dit ! (citations)

Dimanche 25 février 2007


Dans cete page, je me propose de recenser des citations parmi mes préférées, tout en explicant ce qui me touche en elles. Bien sûr, il s’agit d’un billet qui sera mis à jour régulièrement. Il se veut également ouvert, donc n’hésitez pas à en proposer d’autres qui présenteraient un intérêt lié à ce blog !


When the tightly sealed doors of the heart are touched by the sadness and pain of man, they do sometimes creak and moan in protestation.

    (Valkyrie Profile)

Sans aucun doute ma citation anglophone préférée. En français, ça donnerait “Lorsque la douleur humaine touche les portes scellées du coeur, il arrive parfois qu’elles craquent et gémissent en signe de protestation.” Un message poétique magnifique tant dans le fond (certes flou) que dans la forme (quoique ma traduction ne parvienne pas vraiment à lui rendre cet hommage).


Some people believe being constantly reincarnated means everlasting suffering. Being alive is suffering for some creatures. You will find out what I mean.

    (Deathtoll - Soul Blazer)

Soul Blazer est un jeu sur Super NES où Dieu décide d’envoyer son apprenti sauver un royaume qui a été dévasté suite à l’invasion de celui-ci par un démon après que ce dernier ait passé un pacte avec le Roi qui cherchait à s’enrichir. Cette sentence, que le démon Deathtoll vous dira juste avant d’engager le combat final, est la seule chose qu’on le voit dire de tout le jeu… j’adore !


Every War Sim has a “Fog of War” that obscures the map in darkness until units scout the landscape. Well, I want a hazy, brown “Fog of Bullshit” layer below that. I want it to make a village of farmers look like a secret armed militia, I want it to show me a massive enemy fortress where there is actually an Aspirin factory. I want to never know for sure which it was, even after the game is over.

    (David Wong - http://www.pointlesswasteoftime.com)

L’article qui contenait cette citation est une sorte de cahier de doléances en faveur d’un renouveau des jeux vidéo. Le clin d’oeil à la guerre en Irak est évident, et particulièrement savoureux.


People willing to trade their freedom for temporary security deserve neither and will lose both.

    (Benjamin Franklin - An Historical Review of the Constitution and Government of Pennsylvania)

On ne saurait que trop recommander de méditer cet avertissement, qui date de près d’un siècle et demi… La liberté et la sécurité à court terme sont deux notions qui ne sont pas vraiment compatibles. La liberté est une notion qui doit être envisagée à long terme, et elle requiert la confiance mutuelle, alors que la sécurité immédiate est basée sur la suspicion constante entre les individus. Pensez-y en 2007 !


Lawyers are like nuclear weapons. They have theirs, so I have mine, but as soon as you use them they fuck up everything.

    (Danny DeVito - Other People’s Money)

Comme quoi, la meilleure défense n’est pas d’attaquer avec la même arme que l’ennemi… ;)


Build a man a fire and he’ll be warm for a few hours. Set him on fire and he’ll be warm for the rest of his life.

    (MightyMartian - Slashdot.org)

De l’art de désacraliser les proverbes par la caricature…


Au commencement fut créé l’Univers. La chose a considérablement irrité tout un tas de gens et bon nombre de personnes estiment même que ce fut une erreur.

    (Douglas Adams - Le Guide du Voyageur Galactique)

Ah, le non-sense à l’anglaise…

Papon et sa médaille…

Mardi 20 février 2007

Une polémique un peu stupide fait rage en ce moment : Maurice Papon peut-il être enterré avec sa médaille de la légion d’honneur, reçue en 1950 et retirée en 1998 suite à son procès pour complicité de crime contre l’humanité ? Quelques-uns pensent que oui, beaucoup pensent que non, et la médiatisation de l’affaire contribue à faire réussir la dernière provocation du bonhomme envers son pays. Et pourtant la réponse à apporter me paraît simple…

Je ne suis pas un expert en droit, mais si j’ai bien compris, les décorations suivent le même droit que les diplômes et autres papiers officiels : le fait de ne pas les posséder légitimement vous interdit de les porter en public et d’en faire usage officiellement. Et même si un cimetière est un lieu public, je doute qu’une tombe le soit. En conséquence, j’ai du mal à croire qu’on puisse empêcher sa médaille de suivre Papon en sa dernière demeure.

Venons-en maintenant à ce que j’ai envie de répondre à cette affaire. Puisque la médaille de l’ancien préfet de Paris a été invalidée par la justice, elle n’a désormais pas plus de valeur que le matériau qui la compose. Et c’est sur ce point qu’il faudrait insister : Papon veut être enterré avec un morceau de métal, et ça s’arrête là. Rien de plus significatif que ceux qui demandent à mis en terre avec leur montre de poche, leur gourmette ou leurs bottes en croco.

La polémique prend sa source dans la dramatisation. Pourquoi faire comme si cette médaille représente encore quelque chose, alors que ce n’est plus le cas ? Vouloir empêcher que Papon emmène sa médaille avec lui revient à reconnaitre qu’elle a encore toute sa valeur. Tout le monde tombe dans le piège et la dernière provocation envoyée par Papon à la république, en complicité avec son avocat, fonctionne à merveille.

Windows se vend mal… à cause des pirates, bien sûr !

Lundi 19 février 2007

Il y a quelques jours, Steve Ballmer, le frétillant VRP de Microsoft, nous annonçait qu’il ne fallait pas être TROP optimiste concernant les ventes de Windows Vista. Aujourd’hui, à mot couvert, il nous explique ce qui en selon lui est la cause : les pirates.

On se doutait bien que c’était trop demander à Microsoft de faire un tant soit peu d’auto-critique, mais ça ne semblait pas si mal parti : Ballmer avait bien admis que les ventes de Vista seraient très liées à celle de nouveaux ordinateurs. Mais Quid du manque de pilotes livrés avec le système ? Des pilotes de carte graphiques (nVidia comme ATI) lents et plantogènes ? Des applications incompatibles ? Du manque d’améliorations sensibles pour l’utilisateur au vu du prix à débourser ? Des exigences en terme de matériel pour que tout tourne correctement ? De ces retards inexplicables autrement que par pire incompétence de la part d’une grande entreprise comme Microsoft ? De cette protection anti-piratage tout aussi frustrante pour l’utilisateur légitime que pour le vilain téléchargeur ?

Bon, reconnaissons-le, c’est de bonne guerre : personne n’aime admettre ses égarements. Mais de là à rejeter la faute aux pirates alors que ce Windows est censé être beaucoup mieux protégé que les autres, c’est faire beaucoup d’éloges aux hackers tout en prenant les gens pour des imbéciles. Vista est certes une toute nouvelle machine en-dedans (ce qui est une bonne chose), mais il ne faut pas reprocher aux gens de ne pas acheter une nouvelle interface graphique à 300 euros plus les extensions matérielles et avec de nouveaux problèmes à gérer. Dans le monde réel, ça s’appelle de la prudence (méfiance ?), et c’est ce qui fait que l’utilisateur moyen n’est pas complètement un mouton.

De toute façon, Steve, ne t’inquiète pas : d’ici quelques semaines l’obligation pour les assembleurs de vendre leurs ordinateurs avec Vista va être active, et là tu vas à nouveau danser comme tu sais si bien le faire.

Blu-Ray et HD DVD (presque) crackés

Mercredi 14 février 2007

Le DVD a pris son envol en mars 1997 aux Etats Unis et été cracké deux ans et demi plus tard, en octobre 1999, par Jon Lech Anderson et son programme DeCSS. Il semble bien que les disques de nouvelle génération, Blu-Ray et HD DVD, n’attendront pas aussi longtemps.

Aujourd’hui, quelques mois à peine après la sortie des premières galettes “HD”, un membre du forum du site Doom9 explique avoir mis au point une méthode pour récupérer une clé de décryptage dite “Media Key” (clé de disque) à partir d’une “Device Key” (clé de lecteur). Ceci ouvre encore un peu plus la porte du contournement des fichiers protégés par le format AACS.

Comme Arnezami l’explique lui-même, le procédé mis en place n’est pas bien sorcier : puisque la clé de décodage n’est pas stockée en mémoire au cours de la lecture d’un film, il a observé le dialogue entre l’ordinateur et le lecteur externe, grâce à un sniffeur de port USB. Ayant entre-temps obtenu la clé de son lecteur par d’autres moyens, il a pu repérer le moment où cette clé était échangée et en déduire les autres. Cerise sur le gâteau, le procédé, ne se basant que sur l’observation de données qui transitent, pourrait ne pas être attaquable en justice, même par le DMCA :

Nothing was hacked, cracked or even reverse engineered btw: I only had to watch the “show” in my own memory. No debugger was used, no binaries changed.

Alors, les Blu-Ray et les HD DVD sont-ils entièrement crackés ? Pas vraiment, comme le souligne Ars Technica. En effet, il faut toujours arriver à obtenir les Device Key, ce qui n’est pas facile. Et les créateurs du AACS, anticipant la fuite de ces clés, ont implémenté un moyen de révoquer ces clés, empêchant les disques sortis par la suite d’être lus sur les lecteurs incriminés.

Le procédé est donc précaire, mais il fonctionne. Le plus étonnant reste que malgré des moyens de plus en plus gigantesques pour les mettre au point, les techniques de protection sont cassées de plus en plus vite et avec des astuces tenant plus de la bidouille que de la véritable entreprise de cassage. Un peu comme si, paradoxalement, plus un système de protection est complexe, plus il devient simple à contourner… L’article de Boing Boing, un des premiers à relater l’affaire, y va d’ailleurs de son grain de sel :

AACS took years to develop, and it has been broken in weeks. The developers spent billions, the hackers spent pennies.

Une méthode avait déjà été publiée sur le même forum, par d’autres membres du même forum Doom9, jokin and Muslix64. Elle ne permettait que d’obtenir la clé finale résultant de la fusion des clés de disque et de lecteur, ce qui la rendait difficilement exploitable. C’était il y a trois semaines seulement… Plus que jamais, la protection du AACS semble en sursis, et avec elle la vision du tout-DRM que prônent encore la plupart des éditeurs.

Steve Jobs contre les DRM

Mercredi 7 février 2007

La nouvelle a fait le tour de la planète en quelques heures, et à peine une demi-journée après, tous les sites et blogs traitant un tant soit peu de technologie ont fait un article dessus : Steve Jobs, patron d’Apple, la société au leadership écrasant aussi bien sur la musique en ligne (iTunes Music Store) que sur les baladeurs numériques (iPod), suggère dans une lettre ouverte que les DRM devraient disparaître.

Imagine a world where every online store sells DRM-free music encoded in open licensable formats. In such a world, any player can play music purchased from any store, and any store can sell music which is playable on all players. This is clearly the best alternative for consumers, and Apple would embrace it in a heartbeat.

Ce qu’Apple tente d’expliquer dans ce message, c’est qu’Apple n’a pas intégré de DRM dans ses fichiers par décision interne, mais sous la pression des éditeurs qui en ont fait une clause incontournable avant d’ouvrir leur catalogue. Sans jouer aux journalistes, il y a fort à parier que c’est vrai : à l’époque du lancement de l’iTunes Music Store, le marché de la musique en ligne était embryonnaire, donc Apple n’avait que peu de poids dans la négociation, alors que les majors cherchaient déjà un moyen de contrôler les copies (certains CD protégés avaient déjà été commercialisés).

Concernant le manque d’interopérabilité, là c’est plus délicat : Apple a toujours refusé d’ouvrir son format “FairPlay”, ce qui a lui a valu des critiques sans cesse croissantes, parallèlement au développement de la concurrence. Dans cette lettre, la société affirme que distribuer des licences de FairPlay aux autres distributeurs semble être une bonne idée en surface, mais qu’en pratique, les protections reposant toujours sur des secrets, cela provoquerait des fuites, donc la non-viabilité de la protection à long terme. On est à mi-chemin entre la cause réelle et le prétexte bien commode, tout de même.

Reste que Steve Jobs, parmi les trois pistes qu’il entrevoit pour l’avenir, à savoir continuer comme maintenant, ouvrir son format aux concurrents ou supprimer les DRM, privilégie la troisième et promet, on ne peut plus explicitement, de la concrétiser dès le moment que les majors seront d’accord. Les récentes tentatives de vente en ligne de musiques non protégées par plusieurs distributeurs, ainsi que les menaces à peine voilées de gouvernements européens ou d’associations de consommateurs vis-à-vis du manque d’interopérabilité du tandem Ipod-iTunes, tout cela a très probablement induit un effet opportuniste dans cette déclaration solennelle, mais reconnaissons néanmoins à Apple le fait d’avoir dès le début milité en faveur de prix et de restrictions raisonnables. Qui plus est, il reste rare de voir un leader demander, fût-ce dans l’incertitude de l’avenir, l’abandon d’un des catalyseurs essentiels de son succès.

A l’heure ou d’autres favorisent justement un modèle fermé après avoir prêché l’ouverture, tout en rétribuant grassement les éditeurs pour bénéficier de leur bienveillance (suivez mon regard), cette lettre ouverte de la part de celui qui a en grande partie créé le marché de la musique en ligne nous permet au moins d’espérer un résultat dans la difficile reconquête des droits du consommateur de musique.

Apple a fait sa promesse, écrite de la main de son chef, maintenant la balle est dans le camp des éditeurs. Espérons que les défenseurs de la musique interopérable sauront distinguer les bonnes cibles.

[MàJ] Je ne sais pas s’ils sont vraiment aussi idiots que ça ou si c’est fait exprès, mais les andouilles de la RIAA ont interprété cette déclaration comme une volonté d’ouvrir FairPlay aux concurrents… Ca ressemble à une tentative d’occulter l’intérêt principal du message façon autruche, mais décidément leur finesse et leur habileté est inversement proportionnelle à leur pouvoir économique, dans cette association.

Captain Copyright est mort

Mardi 6 février 2007

Captain CopyrightCaptain Copyright est un super-héros qui n’aura pas volé bien longtemps au secours de la cause qu’il défendait, à savoir - comme son nom l’indique - l’éveil au respect des droits d’auteur. Pas plus de sept mois, pour être précis, et encore, sa mission s’était déjà révélée être un échec deux mois à peine après première incursion dans notre monde de pirates.

Créé par la Canadian Copyright Licensing Agency en début juin 2006, ce personnage avait pour but de prendre le relais des éducateurs dans la charge d’apprendre aux petits enfants ce que sont ces fameux “copyrights” et pourquoi il faut absolument les respecter quand on veut être un bon citoyen. Au programme dans la besace du héros : des cours, des jeux éducatifs, des stickers rigolos… tout cela afin d’inculquer qu’un film ou une musique, ça ne se copie pas. Oh, quelques rares exceptions étaient mentionnées, notamment concernant l’éducation (encore heureux !), mais point de “fair dealing”, version locale du “fair use” pourtant en vigueur dans le pays.

L’idée pouvait sembler bonne, ou du moins efficace, mais dès le mois d’août, le brave Capitaine était mis au chômage : trop de parents émettaient des doutes sur l’impartialité des informations contenues dans ce site web mis en place par un syndicats d’éditeurs privés. De plus, les sermons du héros se sont révélés être plutôt indigestes, car contenant étonnament beaucoup de jargon du genre “Copyright Act”, “Collective licence” ou “Reproduction Rights Organization”. Enfin, Captain Copyright était probablement un peu trop “intègre” : pour la petite histoire, il voulait absolument savoir qui parlait de lui en réclamant dans son contrat que tout lien vers son site devait être précédé d’une demande d’autorisation…

Aujourd’hui, voici ce que le site (que je ne vous linkerai donc pas, non mais sans blague), privé de tout contenu, explique :

Despite the significant progress we made on addressing the concerns raised about the original Captain Copyright initiative, as well as the positive feedback and requests for literally hundreds of lesson kits from teachers and librarians, we have come to the conclusion that the current climate around copyright issues will not allow a project like this one to be successful. It is difficult for organizations to reach agreement on copyright issues at this time and we know that, in the face of continuing opposition, the materials will not be used in the classroom. Under these circumstances there is no point in our continuing to work on this project.

En gros : incapacité totale d’arriver à quoi que ce soit qui satisfasse les éditeurs et le public. En essayant d’intégrer un peu mieux les arguments des consommateurs, Captain Copyrights a semble-t-il déclenché l’ire de ses investisseurs et employeurs, qui ont dès lors décidé de faire jouer la kryptonite.

Bref, encore une histoire qui illustre le problème de nos pays développés : que ce soit les détenteurs de droits ou les consommateurs, les visions divergent encore trop radicalement pour pouvoir mettre en place un contenu raisonnablement consensuel. Les droits d’auteur sont un domaine où la mauvaise foi règne en maître et que la bonne volonté semble avoir déserté. Et au vu de l’actualité de ces dernières semaines, ce n’est pas encore prêt de changer.