Archive pour juillet 2007

La crise boursière ne concerne pas tout le monde

Samedi 28 juillet 2007

Nous sommes fin juillet 2007. Wall Street est en baisse assez sévère depuis maintenant trois jours. Entre autres causes, la principale est probablement la récente crise des “subprime”, ce système d’emprunts immobiliers destinés aux familles à revenus (très) moyens, ainsi que celle des fonds d’investissements (très) spéculatifs dits “hedge funds”. Les grands fleurons de cette bourse boivent la tasse subséquente à une prise de consicence un peu tardive d’une situation pourtant prévisible depuis plusieurs semaines.

Et comme les crises boursières aiment à se propager, les entreprises cotées selon l’indice des valeurs technologiques “Nasdaq” récoltent quelques bonnes baffes qui doivent probablement semer un début de panique dans les conseils d’administration. Comme par exemple chez Cisco où on vient de voter dans l’urgence un plan massif de rachat d’action de 5 milliards de dollars. Bref, toute la province “Nasdaq” est tirée vers le bas par le pays “Wall Street” qui est dans le rouge.

Toute ? Non. Car un village peuplé d’irréductibles pommes résiste encore et toujours au marasme et se gausse d’avoir pu annoncer des résultats en forte hausse juste avant la crise :

Nazedaq

Du Office 2007 partout, partout…

Lundi 16 juillet 2007

A l’époque de la sortie d’Office 2003, Microsoft avait lancé une campagne sans précédent de séduction auprès du grand public : 2 mois d’utilisation gratuite et illimitée de l’ensemble de la suite logicielle avant de l’acheter. Je me souviens l’avoir vue pré-installée sur plusieurs PC, que ce soit entrée, milieu ou haut de gamme, ainsi qu’en téléchargement sur de nombreux sites web. A priori, rien de bien méchant.

Sauf que, comme d’habitude, il fallait se méfier. En effet, cette version d’essai avait tout pour me déplaire. Une fois installée, non seulement elle prenait une place énorme sur le disque dur, mais en plus elle détruisait consciencieusement toute version d’Office préalablement installée. Impossible de lancer les anciens logiciels, les associations de fichiers étaient refaites sans confirmation, et les fichiers étaient mis à jour sans sommation ni retour en arrière possible. J’ai ainsi vu le cas d’un collègue qui avait vu sa boîte aux lettres Outlook mise à jour au nouveau format d’Office, devenant ainsi illisible par l’ancienne version. Et bien entendu, cette nouvelle mouture était difficile à désinstaller entièrement et proprement et semblait faire ce qu’il fallait pour rendre la ré-installation d’une version antérieure encore plus difficile. Bref, une quasi-prise en otage pour vous obliger à mettre la main au porte-monnaie. Beurk.

Aujourd’hui, il semblerait que Microsoft réitère la tactique avc Office 2007. Je nai pas encore eu l’occasion d’en tester la version d’essai, mais j’espère sincèrement que celle-ci est capable de cohabiter avec une autre version déjà installée de la suite bureautique et qu’elle peut se désinstaller facilement. Et puis qu’elle a AU MOINS l’honnêteté de prévenir avant de modifier le format des documents. Si un de mes lecteurs avait le courage d’accepter d’en essuyer les plâtres, ses observations seraient les bienvenues.

Il reste que la bureautique reste un des secteurs où Microsoft semble vouloir tout faire pour entretenir sa réputation des monopoliste fier et teigneux. Mais il n’empêche : ce n’est pas parce qu’on écrit “try before you buy” qu’on doit faire comme si l’essai impliquait forcément l’achat. D’ailleurs Office 2007 ne m’impressionne personnellement pas du tout : la transformation des menus en palettes flottantes fait qu’on s’y perd facilement et la lourdeur générale des applications n’a pas encore cessé sa tendance à s’amplifier. Les deux meilleures versions d’Office restent à mes yeux la 97 et la XP.

Second Life : le début de la fin de l’esbrouffe ?

Dimanche 15 juillet 2007

Ce n’est pas pour me vanter ou jouer les Madame Soleil de l’informatique et de l’internet, mais je n’ai jamais vu le battage médiatique fait autour de Second Life que comme, au pire, une gigantesque hallucination collective, au mieux comme une bonne blague. Cela faisait donc longtemps que j’attendais le premier article qui oserait enfin remettre un peu en perspective raisonnable ce fameux monde des secondes vies. Et c’est le Los Angeles Times qui s’y colle.

Les mondes virtuels où tout le monde peut contribuer, c’est très mignon à priori, mais ça suppose qu’une très grande partie des gens y croient réellement et s’y investissent. Et quand en plus on veut que ce monde parallèle ait des retombées économiques sur l’original, alors il faut créer des ponts entre les deux. Dans le cas de Second Life, il s’agit des Linden Dollars, l’unité monétaire locale, permettant d’acheter des terrains à agrémenter de constructions personnelles ou fabriquées par des gens dûment rémunérés. Faites monter la sauce, en faisant croire à des millions de résidents lorsque seuls quelques milliers sont réellement actifs, organisez des événements et faites parler de vous pour que les entreprises viennent faire leur pub, et jackpot !

Sauf que là, le jackpot n’aura pas été de grande envergure. Les gens ne viennent pas sur Second Life pour voir les mêmes publicités pour les mêmes produits que dans leur quotidien. Ils y viennent attirés par l’opportunité de choses nouvelles, d’activités inhabituelles et de gens originaux. Les activités les plus en vogue sur Second Life, plus personne ne le conteste désormais, sont la destruction de structures est le cyber-sexe. Ceux qui se frottent les mains sont les créateurs d’armes en 3D et les dessinateurs de prothèses génitales, et des camps entiers de débauche sont aménagés sur de nombreuses îles. Cela fait peut-être, si vous me passez l’expression, des couilles en or à quelques petits malins, mais ça ne constitue pas pour autant une véritable économie parallèle. En tout cas, elle reste clairement marginale par rapport à celle d’un jeu online comme World Of Warcraft. La meilleure preuve ? Comparez le nombre de réponses retournées par eBay à une recherche “linder dollar” et “WoW gold”.

Il était grand temps qu’on revienne à la raison concernant Second Life. Ce n’est ni une seconde vie, ni un nouveau monde, ni une nouvelle-nouvelle-économie mais rien d’autre qu’un amas de polygone lents à charger et des avatars, certes pas trop moches mais représentant des gens en manque de sensations nouvelles. Linden Lab n’a d’ailleurs pas inventé la poudre. Des rejetons des métavers imaginés par Neal Stephenson dans Snow Crash naissent chaque mois et subissent tous le même sort un jour : le désintérêt général, car la vraie vie rattrape toujours celui qui essaye de s’en échapper au moyen d’un écran, d’une souris et d’un clavier. Il y a alors ceux qui acceptent d’y retourner, et ceux qui essayent toujours un autre univers virtuel, sans état d’âme.

Légende manquante #2

Mercredi 4 juillet 2007

Bush et Poutine

N’hésitez pas à proposer vos propres idées de légende !

Universal abandonne iTunes ?

Lundi 2 juillet 2007

Le New York Times rapporte une nouvelle surprenante aujourd’hui : Universal Records, du groupe Vivendi, envisagerait de ne pas renouveler son contrat avec Apple pour la distribution de musiques via l’iTunes Music Store.

Cela fait longtemps qu’on sait que les éditeurs n’aiment pas Apple, notamment à cause de sa grille tarifaire fixe et de la symbiose iTunes/iPod qui, par son succès, a fait d’Apple le leader écrasant de la musique en ligne, à même d’influencer le marché. Il est donc logique que les magnats du disque cherchent à rééquilibrer les forces, tout en continuant à se faire concurrence entre eux.

C’est dans le cadre de cette lutte de pouvoir qu’EMI a choisi de s’ouvrir aux fichiers sans DRM, il y a quelques mois. La stratégie de l’échange était finaude : Apple se donnait une nouvelle image de chevalier de l’interopérabilité, pendant que EMI bénéficiait de marges plus élevées (30 centimes de plus par fichier vendu) et vendait de la musique utilisable sur tout type de support (ordinateurs, baladeurs, téléphones portables…), rendant la dépendance entre iTunes et iPod moins forte à long terme.

Mais chez Universal, apparemment, on n’a pas le nez aussi creux. Peut-être les décideurs de ce groupe n’ont-ils pas encore bien compris la réalité des choses ? Apple a déjà vendu plus de 100 millions d’iPod et l’iTunes Music Store est le troisième fournisseur de musique américain, ayant même dépassé Amazon. Apple a gagné son pari et s’est installé comme un leader de la distribution musicale, c’est un fait. Si Universal interrompt son contrat avec Apple, je doute sincèrement que les musicophiles se diront d’un seul coup “zut alors, Universal ne vend plus sur iTunes, je vais de ce pas changer de magasin, me payer un nouveau baladeur et racheter tous mes morceaux en conséquence !”

La musique est un des rares marchés pour lesquels les consommateurs se fichent pas mal des marques. Ils veulent juste acquérir un contenu d’auteur, pas des productions estampillées Universal, EMI ou Sony, et encore moins si cette étiquette est associée à la présence de DRM. On ne peut que constater qu’aujourd’hui, il y a ceux qui l’ont compris et les autres.

S’il nous fallait encore une preuve éclatante que les majors comptent à leur tête une belle brochette d’incompétents, envoilà une belle. Comme quoi, chacun sa façon de saborder le groupe, hein Pascal ?

[MàJ] En réalité, la fin de ce contrat ne signifie pas qu’Universal quitte le catalogue d’iTunes, mais que dorénavant Apple sera considéré comme un distributeur comme les autres. Le résultat vis-à-vis de l’utilisateur final est certes très différent, mais je considère l’intention comme presque identique : on est juste à une autre étape d’une négociation basée sur le chantage. La vraie différence est que l’irréparable n’a pas encore été commis, heureusement pour Universal.

Google veut défendre le système de santé américain

Dimanche 1 juillet 2007

Ce n’est pas la première fois que Google semble faire un pas l’éloignant de sa célèbre devise “Don’t Be Evil”, mais celui-là risque de faire du bruit. Si les précédentes affaires concernaient principalement les conflits logiques entre la gratuité d’un service et le respect de la vie privée, aujourd’hui Google se lance rien moins que dans le sponsoring de la propagande.

Vous connaissez certainement déjà Michael Moore, le célèbre agitateur américain qui, en plus d’avoir un grand talent de polémiste, dispose également d’un don pour réaliser des documentaires extrêmement bien construits. En quelques années et quelques films, il est sans aucun doute devenu la nouvelle mesure de calibrage permanent de l’enfoiromètre de l’administration Bush.

Et après les multinationales qui licencient alors qu’elles font du profit (en annonçant que c’est pour “rester compétitives” alors qu’au final elles ont plongé, mais bien sûr ce n’est pas la faute des décideurs), le lobbying de l’industrie américaine des armes à feu, les rapports entre l’administration Bush et les familles impliquées dans les attentats du 11 septembre, voilà que l’intrépide Moore s’attaque au système de santé en place aux Etats Unis. Vaste programme, qui couvre un grand nombre d’acteurs comme les assureurs, les mututelles, l’industrie pharmaceutique, les médecins, les hôpitaux, et bien sûr l’Etat.

Cette note n’a pas pour objectif de discuter de la qualité du film, mais du comportement d’une des plus grandes entreprises américaines vis-à-vis de lui et de son public. En effet, dans une note de blog tout ce qu’il y a de plus officielle, Google a lancé un appel aux acteurs américains de la santé en leur proposant de les aider à mettre en place une campagne de réponse au film Sicko:

Nous pouvons placer des liens sponsorisés vers des textes, des vidéos et autres médias dans nos pages de résultats ou sur des sites adéquats dans le cadre de notre réseau de contenus toujours plus vaste. Quelque soit le problème, Google peut servir de plate-forme d’éducation envers le public en diffusant le message que vous souhaitez.

Cela peut sembler au premier abord une démarche normale de mise en place du débat équilibré, mais il n’en est rien : Google ne propose ici ses services qu’à un seul des deux camps et connaissant l’ampleur du réseau publicitaire que la société alimente, le déséquilibre potentiel fait froid dans le dos. Pour faire une illustration appliquée à la France, c’est un peu comme si toutes les chaînes de télévision étaient invitées à se concerter pour contrer un article du Canard Enchaîné.

Je me rappelle avoir entendu parler, tout récemment, d’une entreprise qui vend une assurance aux restaurants en cas de perte d’une étoile au Guide Michelin, l’indemnisation se faisant sous forme d’une campagne de communication pour empêcher la fuite des clients. On n’est donc, même en France, plus très loin de l’existence de compagnies d’assurance spécialisées dans la réparation des dommages occasionnés par le travail des journalistes.

L’autre chose qui fait peur, dans l’histoire, est que cette proposition soit faite officiellement, de manière totalement décomplexée. Les entreprises privées ne cachent plus du tout leurs procédés douteux dont le seul but est la continuité des services payants, peu importe leur réel impact sur la vie des gens.

Après le Web 2.0, voici venir celui de la communication/propagande 2.0 !