Archive pour 21 février 2008

Réflexions autour d’une chute

Jeudi 21 février 2008

Après plus de trois ans à m’être dit qu’il faudrait bien que je le fasse un jour, j’ai enfin fini par regarder La chute (Der Untergang), le film d’Oliver Hirschbiegel retraçant les derniers jours de la vie d’Adolf Hitler, dans son bunker. Une fois le visionnage terminé, les souvenirs de l’époque de sa sortie me sont revenus, et notamment les polémiques qui avaient pas mal remué l’actualité. Un certain nombre de gens trouvaient que certains des protagonistes n’étaient pas conformes à la réalité historique, que l’horreur de la guerre et des crimes contre les minorités n’y était que trop vaguement évoqués, et surtout que le personnage d’Hitler y était dépeint de façon trop… humaine.

Ce dernier point était celui qui avait causé le plus de remous. Tout au long du film, entre deux explosions de colère contre ses généraux “lâches”, de reproches acerbes envers le peuple allemand et de délire paranoïaque, on voit le Führer dans des scènes de vie quasi-ordinaire, avec sa compagne et son chien ainsi que les enfants de la famille Goebbles. Et je me rappelle très bien ces gens qui pleurnichaient devant le cette “humanisation insupportable” du plus grand sanguinaire que le monde ait connu.

Alors oui, bien sûr Hitler était un horrible criminel qui n’a jamais reculé devant l’idée d’envoyer des innocents à la mort - y compris parmi les civils de son propre peuple -. Oui, Hitler était antisémite, raciste et xénophobe au dernier degré, celui où on se croit à même de pouvoir décider de qui vivra et qui mourra selon ses seuls critères. Oui, Hitler était animé d’une idéologie qui est à l’exact opposé de ce que nos démocraties affirment vouloir défendre. Oui, Hitler n’avait aucun respect pour l’espèce humaine. Oui, Hitler était probablement fou…

Mais oui, figurez-vous, Hitler était humain. Ce n’était ni un animal, ni un monstre, ni un extra-terrestre, mais un être humain comme vous et moi, doté de quatre membres et d’un cerveau capable de réfléchir et de se projeter dans l’avenir. Prétendre autre chose et refuser de le voir présenté en tant que tel me paraît être un moyen bien pratique de se décharger de la responsabilité que tous les autres hommes autour de lui ont endossée en le suivant, ou même en se contentant de le laisser faire. Hitler n’était pas seul, il avait un peuple derrière lui, qui l’a porté au pouvoir et accepté de concrétiser ses sinistres desseins. Certes, dans les années 30, le contexte était particulier, et le personnage doué d’un talent de parole et de manipulation… mais les millions d’allemands qui ont approuvé ce dictateur et les dizaines de nations qui l’ont laissé envahir les pays voisins sans rien faire ne peuvent pas se cacher totalement derrière cette excuse.

En ces temps où, dans notre beau pays, les débats autour du devoir de mémoire renaissent, il me semble important de se rendre compte qu’un seul homme peut arriver à faire vibrer les mauvaises cordes parmi la majorité de ses semblables. Il n’est, à mon sens, aucunement exclu qu’une chose similaire se produise une fois de plus, à moyen ou à long terme. Citoyens, gardons à l’esprit que la souveraineté d’un peuple est une médaille qui a son revers, un droit qui implique un devoir : celui de lutter contre tout régime opresseur qui tenterait d’imposer un pouvoir despotique. Eh oui.