Archive pour 3 juin 2008

Mariage annulé : retour vers le futur

Mardi 3 juin 2008

Scène imaginaire à la sortie d’un tribunal de localisation non spécifiée. Un journaliste plus zêlé que les autres parvient à approcher les deux protagonistes de l’affaire, Monsieur X et Madame Y.

Le journaliste - Monsieur X et Madame Y, vous sortez à l’instant du tribunal car le Ministère Public a fait appel, il y a de cela quelques semaines, du jugement rendu le en avril dernier, jugement qui confirmait l’annulation du mariage que vous aviez demandée quelques mois plus tôt. Comment vous sentez-vous ?

Monsieur X - Franchement ? Pas très bien. Je n’imaginais pas que cette histoire provoquerait un tel remous médiatique et que ça aurait pour conséquence que le parquet fasse appel.

Madame Y - D’ailleurs tout était normal pendant deux mois, avant que cette affaire ne soit reprise par les médias fin mai ! Est-ce que les gens qui se permettent de donner leur avis sur notre “affaire” aimeraient qu’on commente leurs histoires de couple de la sorte, d’après vous ?

J - C’est très compréhensible. Mais votre histoire a lancé un débat de société sur le rôle de la virginité et du mensonge dans le mariage, ce qui est tout de même un sujet important !

X - Peut-être, mais je ne vois pas pourquoi ce débat continue de se baser sur notre cas.

J - Mais parce que c’est justement le fond de votre affaire ! Vous avez bel et bien souhaité annuler le mariage car votre épouse vous avait menti à propos de sa virginité, non ?

Y - C’est exact, mais vous semblez oublier que cette annulation a été demandée de façon conjointe. Ce n’est pas parce que le tribunal appelait mon époux “le demandeur” et moi “la défenderesse” que nous étions l’un contre l’autre ! Nous avions des discussions très sérieuses à propos de cette histoire et il était hors de question pour moi de refuser la demande de mon mari.

J - J’entends bien votre argument, mais dans ce cas, comment expliquez-vous l’arrêt de la cour d’appel de rendre un avis différent du tribunal de grande instance ?

X - Je ne suis pas sûr d’avoir bien compris tout ce qu’a dit le juge, je vais consulter mon nouvel avocat sur la question. Il semblait avoir parfaitement compris les raisons du jugement initial et s’est beaucoup impliqué dans l’affaire. J’espère qu’il pourra m’éclairer. Mais si vous voulez mon avis, je pense que le fameux “débat de société” dont vous parlez a largement influencé le dénouement.

Y - Personnellement, j’ai vraiment du mal à avaler la façon dont l’Etat a décidé de faire appel du premier jugement alors qu’il avait déclaré s’en remettre à la sagesse de la cour, autrement dit n’avait pas exprimé la moindre réserve quant à notre demande. En deux jours, la ministre de la justice a complètement changé d’avis !

X - Et voilà qu’en plus maintenant un projet de loi avec dieu sait combien d’amendements de tous côtés est programmé pour la rentrée… jusqu’où tout cela va-t-il aller ?

J - Comptez sur nous pour vous tenir au courant. Mais concrètement, comment va se traduire ce nouveau jugement pour vous ? Allez-vous vous remettre ensemble ?

Y - Quelle idée ! Evidemment, nous ne vivrons pas ensemble et nous n’aurons pas de contact de type de ceux qu’on des époux. En fait, tout est parfaitement clair entre nous deux, alors qu’il y a toute une partie de la société qui semble vouloir absolument nous forcer à rester mariés, simplement pour justifier leur besoin d’affirmer leur propre signification de la virginité, de l’importance du mensonge dans le couple, de la protection de la femme, que sais-je encore.

X - Jusqu’à nouvel avis, nous serons toujours époux aux yeux de l’Etat et de la justice et de ceux qui se sentiront satisfaits de sa décision, mais c’est tout.

J - “Jusqu’à nouvel avis”, dites-vous… Cela signifie-t-il que vous allez demander un pourvoi en cassation ?

X - Non. Nous allons divorcer.

C’est la seule façon que j’ai pu trouver d’exprimer sans devenir grossier le navrement qui est le mien devant un tel festival de mièvrerie et de récupération politique d’une affaire de moeurs qui ne concerne pourtant que deux personnes. Ce triste spectacle, en lequel tant de personnalités semblent voir une bonne opportunité d’exhiber une misandrie de circonstance, ne m’inspire qu’un profond sentiment de pitié.

Je suis prêt à parier qu’une écrasante majorité des gens seraient prêts à faire autant que le mari s’ils s’apercevaient que leur mariage tout neuf est basé sur un mensonge concernant un domaine qui leur est intimement cher. Le problème ici est qu’un débat totalement hors-sujet s’est invité sur la place publique, et que malheureusement pour ces deux personnes, les français ont toujours besoin de porte-étendards pour fixer leurs idées vacillantes.

On peut penser ce qu’on veut de la position d’un homme quant à la virginité de celle qu’il désire épouser, il n’empêche que ça n’engage que lui. Tant qu’il assume sa position et ne cherche pas à l’imposer à autrui, et tant que la dame en question en sera bien tenue informée au moment de dire “oui”, il n’y aura pas lieu de montrer ces deux personnes du doigt.

Bref, que le débat soit lancé ne me pose pas de problème à priori, mais qu’on arrête de faire référence à cette affaire-ci comme si elle pouvait en servir d’illustration.