Archive pour août 2009

Réalité augmentée

Mercredi 26 août 2009

La réalité augmentée, vous connaissez ? Il s’agit d’un procédé technique visant à superposer des informations numérisées à la perception humaine ordinaire. Un des premiers domaines où il fut utilisé est l’aviation, avec les fameux “affichage tête haute” (HUD) qu’on trouve sur les modèles assez récents d’avions de chasse, comme par exemple le F-18 :

F-18 HUD

L’intérêt de la technique est de permettre aux informations ajoutées d’être très rapidement assimilées, car on n’a plus à considérer d’un côté la réalité, et de l’autre les données. Le cerveau apprend très vite à fusionner les deux sources d’informations, comme si en fin de compte il ne s’agissait que d’une seule. Comme si on lui augmentait ses capacités de perception.

La réalité augmentée serait-elle le prochain eldorado de l’électronique grand public ? Déjà certaines voitures arrivent à incruster certaines informations dans le pare-brise, de manière à aider le conducteur aux manoeuvres. C’est également une technique de ce type qui est utilisée à la télévision pour insérer des panneaux publicitaires dans les vidéos tournées sur des terrains de sport, de manière à ce qu’ils soient toujours dans le bon sens quel que soit l’angle de la caméra.

Il existe une application pour iPhone qui, dans sa toute nouvelle version 3.0, utilise la caméra de l’appareil pour faire de la réalité augmentée. Baladez-vous dans Paris, et il vous affichera à l’écran toute sortes d’informations très utiles dans la vie de tous les jours. Une image valant mieux qu’un long discours, voici ce que ça donne :

Metro-Paris

Quelle belle valeur ajoutée ! C’est fou ce que de telles informations donnent comme charme à notre capitale ! ;)

Bon, d’accord, je suis un peu cynique : le but principal de l’application est quand même de vous permettre de trouver les stations de métro et de RER, et a l’air de parfaitement remplir cette mission.

L’iPhone semble donner des ailes à toute une nouvelle génération de programmeurs qui fourmillent d’idées intéressantes. Et je prédis un ras-de-marée pour le jour où une application pourra faire ça en temps réel :

Réalité très augmentée

Patrick Hernandez, ou le salaire de la fumisterie

Dimanche 23 août 2009

Cet après-midi, alors que je faisais un peu de ménage dans mon chez-moi, j’ai commis l’erreur de laisser la télévision allumée. À un moment, l’émission qui passait s’est mise à parler d’anciennes star du disco, et notamment d’un certain Patrick Hernandez.

Le nom ne me disait que très vaguement quelque chose, jusqu’à ce que j’apprenne qu’il s’agissait du compositeur et interprète de “Born To Be Alive”, cette espèce de sous-produit de ce que la culture anglo-saxonne abâtardie a pu engendrer en ses heures les plus sombres, mais qui a eu un succès gigantesque. De gustibus et coloribus non disputandum

Si je vous en parle ici, c’est qu’à un moment, le documentaire révèle que grâce à ce simple hit, l’homme perçoit encore aujourd’hui plus de mille euros par jour. Depuis trente ans. Et pour un morceau auquel il n’a vraisemblablement pas consacré énormément d’énergie créative… L’esthète et le mélomane vous le confirmeront sans hésiter, et de toute façon, Hernandez révèle lui-même, en substance, que ce ne sont que quelques accords agrémentés d’un rythme de disco et de paroles en anglais pour faire plus cool.

Et le Patrick de se pavaner, encore et encore, malgré le fait que tous ses autres morceaux ont été des échecs et qu’il n’est plus connu aujourd’hui que grâce à la nostalgie, difficilement explicable, d’une génération qui ne se lasse pas de venir le voir chanter invariablement sur scène son seul et unique succès. Et lorsqu’il se vante d’avoir composé le troisième plus gros succès de chanson française à l’étranger, la coupe est pleine. Si la chanson française pouvait porter plainte pour insulte, elle gagnerait à tous les coups.

Depuis le temps que je cherchais un exemple particulièrement révélateur des méfaits des droits d’auteur tels qu’ils existent aujourd’hui, je crois l’avoir trouvé. Car s’il est évidemment juste qu’un succès soit rétribué, que peut-on penser quand on entend un compositeur déclarer, texto : “Ma situation est très confortable, parce que grâce à cet unique titre, je n’ai plus eu besoin de travailler de toute ma vie” ?

Microsoft arrête de vendre Office ?

Vendredi 21 août 2009

La semaine dernière, on apprenait qu’un juge du Texas avait infligé une amende de 290 millions de dolalrs à Microsoft ainsi qu’une mise en demeure de deux mois pour mettre son logiciel en conformité, faute de quoi il serait interdit à la vente sur le territoire américain. La raison était un de ces sempiternels brevets logiciels, celui-ici concernant le format XML et détenu par la société canadienne i4i.

Microsoft, fort logiquement, avait immédiatement fait appel. Un appel suspensif qui lui permet de continuer à vendre son logiciel pendant que la bataille judiciaire suit son cours pendant de longs mois.

Mais aujourd’hui, coup de tonnerre, le géant du logiciel annonce qu’il va temporairement arrêter de vendre sa suite bureautique si le jugement à l’encontre de Word n’est pas annulé. Dixit son service juridique :

Microsoft et ses distributeurs sont sous la menace imminente d’un cataclysme de leurs ventes. Si l’injonction de la cour de justice n’est pas levé, un dommage irréparable sera causé à Microsoft en sortant un de ses principaux produits du marché. Et ceci ne concerne pas que Word, mais toute la suite Office et les logiciels qu’elle inclut.

Difficile de voir dans cette décision autre chose qu’une tentative de chantage. Implicitement, le message est le suivant : “si la justice ne revient pas tout de suite sur sa décision, on va lui montrer à quel point on va manquer aux gens”. Prendre des clients en otage parce qu’on n’est pas d’accord avec une décision de justice, est-ce une attitude responsable ?

C’est un jeu dangereux car à double tranchant. D’un côté, il est clair qu’un tel embargo perturberait les ventes de machines et donc le business des distributeurs, rendant le jugement impopulaire. Mais d’un autre côté, il y a le risque de mettre en évidence le fait que Microsoft est en situation de quasi-monopole, ce qui rend ce genre de comportement d’autant plus grave aux yeux des autorités. En général, la FTC n’aime pas trop qu’une compagnie se montre si arrogante. Et tout ça sans oublier les concurrents émergeants (OpenOffice et Google, notamment) qui vont sûrement profiter de l’aubaine…

Microsoft n’ignore pas, vu la quantité de brevets qu’elle dépose - et bien souvent obtient -, qu’elle est face à une machine implacable : les brevets logiciels sont rarement invalidés, et c’est toujours au prix d’une bataille longue et coûteuse. Techniquement, retirer les éléments incriminés du logiciel pour le rendre à nouveau légal ne serait pas difficile, mais Microsoft aurait choisi le triple bras de fer avec le plaignant, la justice et les utilisateurs en même temps ? Difficile d’y croire…

Il semble que Microsoft soit simplement en train de tâter le terrain, afin de voir la réaction du marché face à cette menace, laquelle ne sera sans doute jamais mise à exécution. Et m’est avis que ça aidera la compagnie à se rendre compte que son monopole n’est plus ce qu’il était.