Archive pour octobre 2009

Hadopi 2 : passe pour cette fois

Vendredi 23 octobre 2009

En tant qu’internaute, il y a peu de chances que la décision rendue hier par le Conseil Constitutionnel à propos de la loi Hadopi 2 vous ait échappé. Au premier abord, on peut se dire que ledit conseil fut étrangement plus incisif la dernière fois, mais l’inénarrable Maître Eolas nous explique fort bien le pourquoi du comment.

Toujours est-il que ça y est, la loi est passée. Elle a tout de même perdu beaucoup de sa substance après son premier avortement, même si le gouvernement jubile devant une victoire purement politique. Qui osera croire que les magistrats, déjà largement surchargés, vont s’amuser à punir Madame Michu pour “défaut de sécurisation d’accès internet” en lui coupant son abonnement, et ce en se basant sur des preuves par nature très discutables ?

Je ne vais pas m’aventurer dans un catalogue des conséquences prévisibles de cette loi, d’autres sites l’ont déjà fait bien mieux que je ne le pourrais. Il en est cependant une qui me turlupine plus que les autres. Même s’il est impotent en pratique, ce texte a déjà commencé à instiller une menace dans l’esprit de la plupart des gens. Mais ces gens ont déjà trop intégré le fait de partager des données, de la même façon que l’ont fait l’imprimerie, le gramophone, la cassette, la photocopieuse, le magnétoscope ou le graveur de CD en leur temps, pour faire une croix sur leurs habitudes. Et plutôt que d’arrêter, ils changeront de support autant qu’il faudra, jusqu’à finir par user de moyens de cryptage et d’anonymisation très performants s’il le faut. Et c’est là que je perçois une monumentale erreur stratégique commise par le principal moteur de cette loi, à savoir notre cher Président de la République.

Voyez-vous, gouverner implique de connaître le plus de choses possible sur le plus de monde possible. On appelle ça le renseignement, l’apanage des polices politiques. Et le renseignement, c’est déjà une difficile activité d’écoute, de compilation, d’organisation et de synthèse. Mais si en plus on doit y ajouter une dose de décryptage sur une majorité des informations acquises, alors le renseignement se voit fortement compromis. Et le pouvoir est dès lors lourdement handicapé.

Je ne peux pas imaginer une seule seconde qu’il n’y a pas eu au moins un responsable de la DST ou des RG (ou de leur récente fusion DCRI), ou encore ne serait-ce qu’un seul chef d’Etat-major de l’armée, pour venir expliquer à Nicolas Sarkozy le danger que représente le fait de seulement laisser naître l’idée de chiffrer ses échanges dans l’esprit de monsieur tout-le-monde. Et le long passage par le ministère de l’intérieur ne rend le jusque-boutisme de notre Président que plus inexcusable encore.

Opposants au gouvernement de tous bords, cessez de chercher des preuves de l’incompétence de votre représentant à l’étranger. La plus flagrante est là, sous vos yeux, depuis que les majors lui ont dicté une loi par le biais de leur marionette qu’il a choisi d’épouser.

Amendement 138 : l’inversion des rôles

Mercredi 14 octobre 2009

La vie politique peut parfois réserver des surprises qui ne manquent pas d’ironie.

Souvenez-vous : il y a à tout juste un an, le parlement européen se battait pour faire accepter l’amendement 138 du “paquet télécom”. Cet amendement, déposé par l’eurodéputé socialiste français Guy Bono, élève l’accès à l’internet au rang de droit fondamental, et surtout que son retrait à l’encontre d’une personne ne pouvait être décidé que par une autorité judiciaire, et non administrative. 88% des voix du parlement étaient en sa faveur, lui donnant une force difficile à combattre pour la Commission Européenne.

À l’époque, c’était bel et bien la France qui cherchait à y faire le plus obstacle, notre Président ayant déjà dans ses cartons son projet de riposte graduée, futur Hadopi. Mais après le vote de la première mouture de cette loi, le Conseil Constitutionnel est passé par là et a gravé dans le marbre que ce n’est pas à un fonctionnaire, fusse-t-il mandaté par une prétendue “haute autorité indépendante”, de décider de qui peut avoir accès à l’information et s’exprimer online, mais bel et bien à un juge.

Aujourd’hui, on apprend que les deux émissaires-négociateurs (Catherine Trautmann et Alejo Vidal-Quadras) ont trahi le mandat que leur a octroyé le Parlement Européen au cours d’un comité informel de conciliation concernant l’amendement 138. C’est donc un texte expurgé dudit amendement que devraient examiner les députés d’ici quelques mois. Et toute la tactique est là : pour manifester leur mécontentement devant cette trahison manifeste, les eurodéputés n’auront pas d’autre moyen que de rejeter en bloc le Paquet Télécom… autrement dit l’arme nucléaire démocratique (rappelez-vous du fiasco Hadopi en avril dernier). Une telle responsabilité sera extrêmement difficile à prendre.

La situation d’aujourd’hui est donc étrangement inverse à celle d’il y a un an : alors que l’Europe luttait pour préserver un amendement que la France voulait annihiler, c’est aujourd’hui la France qui en a fait un droit constitutionnel et l’Europe qui cherche à le faire oublier.

Sic transit gloria, comme on dit.

Jouons zinbrin

Mardi 13 octobre 2009

Aujourd’hui, je vous propose de savourer deux petites répliques, partageant certaines caractéristiques.

Tout ce qui donne en pâture une personne, sans fondement, de façon excessive, [...] ce n’est jamais bien.

Quand ? Aujourd’hui.
Qui ? Nicolas Sarkozy.
Quoi ? À propos de la polémique née de l’ “élection” de Jean Sarkozy, son fiston de 23 ans et en deuxième année de droit (faites le calcul), à la tête de l’EPAD.

Désormais, ce qui compte en France pour réussir ce n’est plus d’être ‘bien né’, c’est d’avoir travaillé dur et d’avoir fait la preuve, par ses études de la
valeur. [...] Quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ? [...] Je veux que les nominations soient irréprochables.”

Quand ? Aujourd’hui.
Qui ? Nicolas Sarkozy.
Quoi ? À propos de la réforme du lycée, objet du discours.

Matelots, surveillez vos voiles. Aujourd’hui, les vents sont oscillants… et les girouettes décomplexées.

PSP Go home !

Dimanche 4 octobre 2009

Depuis une bonne décennie, maintenant, les gamers sont habitués à voir les nouvelles consoles de jeu vidéo lancées en grande pompe, appuyées par de lourdes campagnes de communication, moult événements organisé à minuit le jour fatidique, avec stands de démonstration, hôtesses court vêtues, petits fours, etc. Et si ces opérations ont tant d’impact, c’est qu’elles sont d’habitude répercutés dans les grandes enseignes plus ou moins spécialisées, que ce soit Micromania, la Fnac ou même Auchan.

Et pourtant, il est une console qui a débuté son cycle de vie commerciale cette semaine mais n’a pas eu droit à ces honneurs : la PSP Go. La plupart d’entre vous en ont sûrement déjà entendu parler, Sony ayant entretenu le buzz depuis de nombreux mois. Il s’agit de la petite soeur de la PSP, qui va maintenant sur ses cinq ans et n’a cependant toujours pas perdu son leadership en terme de puissance brute pour une console portable, ce qui est une performance dans le monde d’aujourd’hui. Il est donc logique que celui-ci n’évolue pas, la petite nouvelle étant à première vue principalement un relooking de la même bestiole. Mais qu’est-ce qui explique son lancement quasi-confidentiel, alors ?

C’est très simple : la PSP est une console faite PAR Sony et POUR Sony. Tous les autres acteurs du marché du jeu vidéo, à l’exception peut-être des éditeurs de jeux, ont été évincés de la stratégie de l’ogre japonais. La principale caractéristique de la PSP Go, en effet, est une double absence : celle du lecteur de disques UMD ainsi que du lecteur de Memory Stick. À présent, les jeux ne se distribueront plus qu’en ligne, via l’internet, et se stockeront sur une mémoire flash intégrée à la machine.

L’idée de Sony est claire comme de l’eau de roche : en mettant les boutiques hors-jeu au niveau software, la firme reprend la main sur l’ensemble de la distribution, ceci lui permettant de fixer les prix, de décider quels jeux mettre en avant… et surtout de tuer à la fois la concurrence et le marché de l’occasion. Et c’est là que le consommateur se voit lui aussi impacté par cette stratégie : il ne lui est possible ni de revendre des jeux achetés (sauf en vendant la console avec), ni de réutiliser ceux achetés avant la console. Sony est toujours resté évasif quant aux modalités d’échange des jeux sur UMD au moment d’acheter une PSP Go, on sait aujourd’hui pourquoi.

Le reste des caractéristiques de la machine sont à l’avenant : les câbles et connecteurs étant devenus propriétaires, aucun de vos anciens accessoires ne seront utilisables (à l’exception des écouteurs). Ne parlons pas de l’écran plus petit et du WiFi qui reste en 802.11b, donc limité à 11Mbps, des téléchargements lents, pendant lesquels on ne peut rien faire d’autre, et qui sont à recommencer à la moindre perte de connexion au net…

PSP Go :p

Bref, vous l’aurez compris, la PSP Go est une console qui ne bénéficiera qu’à une seule entité, Sony et personne d’autre. Pas étonnant qu’aucun grand magasin ne la mette en avant et qu’on n’ait pas vu de file d’attende devant les points de vente. Son concepteur a visiblement pris les autres acteurs du marché pour des imbéciles, et il est à souhaiter que la sanction sera proportionnée à l’offense. Quand on en arrive à vouloir faire payer plus cher qu’avant pour une console qui constitue une régression à tous les points de vue, c’est qu’on perd totalement le sens des réalités.

L’ironie, dans l’histoire, c’est que j’attendais plutôt ce genre de pratique de la part de Nintendo. Mais même le requin notoire, dont la position dominante aurait pu rendre la chose logique (à défaut de normale), n’a pas osé… Chapeau.