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Disque dur mort ? Cryogénisez-le !

Dimanche 22 mai 2011

Après vous avoir parlé plusieurs fois de la protection et de la sauvegarde des données, j’ai eu envie de vous parler un peu de ce qui peut se passer quand on a mal géré son affaire et que les données qu’il ne fallait pas du tout perdre sont menacées par un disque dur récalcitrant.

Un disque dur peut avoir bon nombre de pannes, mais les plus courantes restent les suivantes :

    - panne d’alimentation
    - secteurs défectueux
    - index corrompu
    - clic de la mort

Le premier cas, qui reste assez rare, est à oublier : si votre disque ne s’allume même plus, considérez-le comme mort. À moins d’être très bien équipé et d’être fort en démontage et en soudure, vous ne récupérerez jamais son contenu - sauf à payer des milliers d’euros une entreprise spécialisée.

Les deux cas suivants sont plus fréquents et, heureusement, moins graves. Les secteurs défectueux se contenteront au pire de rendre certains fichiers illisibles, mais la plupart du temps le disque les détecte avant d’écrire dessus et les marque à vie comme inutilisables. Le catalogue corrompu est un risque inérent au fonctionnement du système. Enfin, surtout de ses plantages, en fait : si votre ordinateur plante en pleine copie, il peut laisser l’index en mauvais état. Certains utilitaires peuvent le restaurer, mais dans le pire des cas, un bon logiciel de récupération de données vous sera d’une aide précieuse.

Enfin, il nous reste le dernier cas, dont je voulais vous parler aujourd’hui car il vient précisément de m’arriver : le clic de la mort. Késséssédonc “clic de la mort” ? Ça ne vous est jamais arrivé d’entendre votre disque dur démarrer normalement (rotation qui s’accélère jusqu’à sa vitesse maximum) mais, au moment où on l’entend d’habitude commencer à gratter, vous n’entendez qu’un désespérant et régulier “clic… clic… clic…clic… clic…” ? Ah, vous voyez !

Sans vouloir entrer dans des détails techniques que de toute manière je ne maîtrise pas, ce problème semble provenir des systèmes d’aimants qui permettent aux têtes de lecture de se déplacer sur les plateaux contenant les données. L’usure des matérieux et la complexité de l’électronique inversement proportionnelle à la qualité des composants font que ce problème est devenu somme toute assez fréquent. Personnellement, j’en suis à trois cas, chaque fois résolus.

Bien sûr, comme je suis un paranoïaque de la backup, j’aurais pu ne pas chercher à refaire fonctionner ces disques. Mais les incidents vous arrivent toujours quand votre dernière sauvegarde remonte déjà à plusieurs semaines, ou alors qu’elle a été réalisée sur un support qui n’est pas à l’endroit où vous vous trouvez au moment du drame. La loi de l’emmerdement maximum dans toute sa splendeur. Quel a donc été le remède miracle à ce dramatique clic de la mort ? La cryogénisation ! Autrement dit : mettre le disque dur au congélateur.

Ça peut avoir l’air idiot comme ça, mais ça marche vraiment. Mais attention, c’est uniquement dans le cas décrit ci-dessus, à savoir les cliquetis réguliers qui se font entendre après la mise en rotation des plateaux. Voici la prodécure que j’ai suivie :

  1. avant toute chose, tranquilisez-vous : la peur de perdre des données conduit parfois à la précipitation, laquelle engendre de fausses manoeuvres ;
  2. sortez le disque en panne de l’ordinateur (ou du boîtier externe) - attention à l’électrécité statique, ne touchez pas les composants de la carte !
  3. placez-le dans un gant de toilette ou un torchon épais, avant de le protéger dans un sac de congélation qui se ferme hermétiquement ;
  4. mettez le tout dans un congélateur quelques heures, afin de faire descendre la température de l’appareil le plus bas possible ;
  5. pendant ce temps, notez sur un carnet les données les plus précieuses, l’idéal est d’arriver à un ordre hiérarchique de récupération, par importante décroissante : cette étape est très importante pour vous permettre d’être plus serein, donc plus efficace au moment de la récupération qui risque fort d’être limitée en temps ;
  6. sortez le disque du sac et laissez-le reposer une bonne demie-heure sur un sopalin avec la carte électronique dirigée vers le bas, de façon à ce que la condensation ne s’infiltre pas à l’intérieur ;
  7. essuyez-le consciencieusement pour éliminer toute trace d’humidité et remettez-le à sa place d’origine ;
  8. avec un peu de chance, il devrait fonctionner à peu près normalement : ne perdez pas de temps et copiez immédiatement les données sur le disque de rechange, en vous basant sur votre liste.

Si vous n’avez pas eu le temps de tout récupérer, vous pouvez essayer de recommencer à l’étape 2. Sachez cependant que bien souvent, vous n’aurez pas de seconde chance. D’ailleurs, je ne peux même pas vous garantir que ça marchera ne serait-ce qu’une fois, nous sommes ici dans une zone aléatoire de l’informatique… Gardez également en tête que cette méthode est destructrice : geler un disque réduit sa durée de vie. Je vous encourage à essayer cette méthode quand toutes les autres ont échoué.

Détail important : si le disque en panne permettait à votre ordinateur de démarrer, vous devriez faire en sorte que ce ne soit plus le cas. En effet, booter sur un disque ainsi cryogénisé vous fera perdre de précieuses minutes de restauration à cause du démarrage et des opérations du système (mémoire virtuelle, notamment). Pour cela, deux solutions : installer un nouveau système sur un disque de remplacement, ou alors utiliser un autre ordinateur pour la récupération. L’idéal pour allonger le temps de ressucitation est alors d’utiliser un boîtier externe USB (2.0 bien sûr), que vous laisserez ouvert pour l’occasion afin de mieux ventiler le disque. N’ayez pas peur de le laisser à nu, de toute façon bientôt vous ne l’utiliserez plus.

Ce qui m’amène à un ultime conseil : une fois vos données récupérées, même si votre disque dur planté semble à nouveau fonctionner normalement et ce pendant plusieurs heures, ne faites pas l’erreur de continuer à l’utiliser : jetez-le ! Le clic de la mort peut perdre une bataille, mais il gagnera toujours la guerre et faites-moi confiance, il reviendra. Et ce sera évidemment au moment où il pourra vous causer un maximum de tracas. Donc pas de pitié ni de radinerie : poubelle !