Archive pour la catégorie ‘Evolutions’

Firefox 3 : on y est presque !

Dimanche 18 mai 2008

Bonne nouvelle pour tous ceux qui suivent l’actualité de Firefox, et même pour ceux qui aiment ce navigateur sans en suivre les péripéties (et ils sont de plus en plus nombreux, à en croire les stats mondiales) : Firefox 3.0 n’est plus très loin. En effet, la première version “release candidate” est sortie aujourd’hui, ce qui signifie que l’objectif annoncé par la fondation Mozilla de sortir la version finale à la mi-2008 a de bonnes chances d’être tenu. Et ça, quand on voit comment les délais sont souvent très extensibles dans le milieu du logiciel et surtout dans l’open source, c’est une performance qui fait plaisir à voir.

Avant de parler un peu plus en détail de cette fameuse version 3.0, puisque cela fait plusieurs mois que je la teste et plusieurs semaines qu’elle est devenu mon browser principal, je vais revenir sur ce curieux terme de “release candidate”. Comme vous le savez probablement déjà, la sortie des nouvelles versions des logiciels est le résultat d’un cycle en plusieurs étapes. Bien sûr, les méthodes peuvent varier entre les différents développeurs, mais on distingue globalement cinq stades successifs pour une version donnée :

  • pre-alpha : il s’agit de versions réalisées au fil de l’eau du processus de développement et sont publiées soit après l’implémentation de caractéristiques annoncées (milestone), soit périodiquement (nightly builds). Les nouvelles fonctionnalités y sont ajoutés au fur et à mesure de leur mise au point, avec les risques d’incompatibilté que cela suppose. Ces pre-alpha sont généralement à usage purement interne car trop instables.
  • alpha : cette étape marque la fin des ajouts de nouvelles fonctionnalités (feature-freeze) et le début des procédures de tests. Ces versions sont confiées aux testeurs de l’entreprise ainsi qu’à certains utilisateurs, triés sur le volet selon leur enthousiasme et leur réactivité. Le but est de traquer les bugs critiques, c’est-à-dire les plantages, les corruptions de fichiers et autres pertes de données, etc..
  • beta : diffusées de manière beaucoup plus larges que les versions alpha, les beta ont pour objectif de permettre à un maximum d’utilisateur de tester le logiciel afin d’en découvrir tous les bugs bloquants, autrement dit ceux qui peuvent empêcher la mise en production du logiciel. Le beta-testing peut être ouvert à tout le monde, ce qui est très fréquent dans le monde de l’open-source avec l’aide de l’internet, ou réservé à certains utilisateurs privilégiés, tendance plus caractéristique des gros logiciels commerciaux.
  • release candidate : chacune de ces versions est une version finale potentielle. Normalement, tous les bugs précédemment identifiés ont été corrigés, et on demande aux testeurs de se mettre dans des conditions aussi proches de la réalité que possible afin de valider le plus complètement possible le bon fonctionnement du programme. Certains bugs déjà connus mais considérés comme mineurs peuvent également attendre les premières release candidate pour être corrigés.
  • finale : lorsqu’une release candidate a “tenu” suffisamment de temps sans remontée de bugs et qu’on est convaincu que son niveau de qualité est satisfaisant, elle est alors rebaptisée en version finale, ce qui signifie qu’elle est considérée comme bonne pour la diffusion de masse. Il s’agit d’une décision lourde de conséquence, surtout pour les gros logiciels commerciaux, car cette finalisation signe également le démarrage des processus de support client, dont la (sur)charge sera inversement proportionnelle à la qualité du cycle de développement décrit ci-dessus.

Afin de simplifier un peu tout ça, je vous ai fait un petit schéma récapitulatif :

Cycle de développement software

Pour en revenir à Firefox 3.0, le fait que sa première release candidate soit sortie aujourd’hui signifie que la totalité/majorité des bugs connus ont été corrigés, et que l’équipe responsable de son développement pense que la version finale sera très proche de celle-ci. Vous pouvez donc la télécharger sans trop de craintes pour vous faire une idée, mais pensez tout de même à sauvegarder votre profil avant de l’installer, on ne sait jamais.

A la question “la version 3.0 vaut-elle le coup ?”, je répondrai OUI sans hésiter. Je n’entrerai pas dans les détails de ses nouvelles fonctionnalités (Tristan Nitot, président de Mozilla Europe s’en charge très bien lui-même), mais je dois avouer qu’en ce qui concerne la rapidité d’exécution des pages lourdes, et notamment celles faisant un usage intensif de JavaScript, les améliorations sont impressionnantes. Et elles le sont encore plus si vous êtes sur Macintosh ! Eh oui, la grosse différence de réactivité de Firefox entre les versions Mac et Windows est désormais un mauvais souvenir. Même NetVibes est devenu réactif sur mon Mac, c’est vous dire…

Attention, cependant : la majeure partie des extensions ne sont pas compatibles avec Firefox 3. Certaines sont mises à jour à chaque version beta et devraient logiquement l’être prochainement pour fonctionner avec la RC1, mais une bonne partie des développeurs d’extensions attendront la version finale avant de publier de nouvelles versions. Les impatients désireux de conserver l’usage de leurs extensions peuvent utiliser l’astuce qui consiste à taper “about:config” dans la barre d’adresse, puis d’utiliser le clic droit afin de créer une nouvelle variable de type boolean ayant pour nom extensions.checkCompatibility et pour valeur false, mais sans garantie de bon fonctionnement, cela va de soi.

Pour ce qui est de la gestion de la mémoire, je dirais que ce n’est pas le ciel bleu que Mozilla nous a annoncé, mais que c’est tout de même mieux que Firefox 2 (et donc BEAUCOUP mieux qu’Internet Explorer). Pour faire court : la gourmandise du brouteur, qui fait que le programme s’accapare de plus en plus de mémoire vive au fil du temps, se fait toujours sentir, mais moins fort. Au lancement, il commence par occuper 50 à 60 Mo, pour atteindre les 200-250 Mo à lui tout seul au bout de quelques heures de surf. Mais précisons que les autres navigateurs ont globalement le même défaut.

Pour finir, je tiens à saluer une idée que j’ai énormément apprécié : lorsque vous saisissez vos identifiants pour la première fois sur un site, Firefox vous propose de les sauvegarder pour ne pas à les taper à nouveau par la suite. Jusque-là rien d’extraordinaire, tous les autres brouteurs le font depuis belle lurette, Firefox 2 y compris. Mais Firefox 3, lui, a le bon goût de le faire dans une barre discrète en haut de l’écran, avec possibilité de répondre à la question APRES que la page protégée a eu le temps de se charger. Ainsi, vous pouvez attendre d’être sûr d’avoir tapé le bon login et le bon mot de passe avant de laisser Firefox stocker ces informations. C’est tout bête, mais c’est extrêmement bien vu, et mine de rien, Firefox 3.0 est le seul navigateur à le faire : même les gars de chez Opera, pourtant coutumiers de dénicher les idées qui simplifient la vie, n’y avaient pas encore pensé…

Vista, le prescripteur de Mac OS ?

Lundi 21 avril 2008

Depuis un peu plus d’un an maintenant, j’ai vu bon nombre de personnes “switcher”, c’est à dire abandonner leur PC pour passer au Mac. Sans les forcer ni même les inciter, ça s’est en général fait tout seul, parfois même sans que j’aie connaissance de l’initiative avant sa concrétisation. Un beau jour, comme ça, y’en a marre du Windows qui plante, des logiciels à réinstaller et des virus qui recouvrent l’écran de fenêtres de pub.

Il est assez clair, pour quiconque suit un peu l’actualité informatique, qu’Apple commence à percer dans le grand public. De multiples facteurs (tant marketing que techniques) favorisent cette tendance, mais il en est un qui semble avoir un impact de plus en plus important. Lequel ? Je l’illustre par les propos tenus par mon tout nouveau supérieur hiérarchique qui, ce midi, n’est pas venu déjeuner avec son équipe, et pour cause : il est allé s’acheter un MacBook Pro.

Non, ce n’est pas que mon PC ne marchait plus, mais j’avais besoin d’un portable, et si j’avais acheté un PC, il aurait été sous Vista. Et Vista, franchement, j’ai pas envie de me le traîner.

Et voilà : sans avoir demandé conseil ni même y avoir réfléchi de manière très sérieuse (l’intéressé l’a lui-même reconnu), un fidèle de Windows est passé chez l’ennemi, uniquement parce que la dernière version du système d’exploitation est perçue comme une bouse. Posez-vous la question : vous est-il déjà arrivé de changer de marque de voiture simplement pour une question de tableau de bord ?

Je ne suis pas un éminent spécialiste en marketing, mais je ne pense pas me tromper en affirmant qu’il y a pire qu’un produit qui se vend mal : il y a les produit qui incite à acheter celui du concurrent. Et j’imagine que dans l’industrie, on peut pardonner le premier mais pas le second.

IE8 respectueux des standards par défaut

Mardi 4 mars 2008

We’ve decided that IE8 will, by default, interpret web content in the most standards compliant way it can. This decision is a change from what we’ve posted previously.

Intéressante surprise que cette petite annonce publiée sur le blog officiel d’Internet Explorer : Microsoft affirme que la prochaine version de son navigateur vera ses réglage par défaut privilégier les standards du web. Quand on connaît la tendance habituelle du mastodonte de Redmont, on s’y reprend à deux fois (voire trois) pour être sûr d’avoir bien lu.

Une fois la surprise passée se pose la question : d’où peut bien venir une telle décision ?

Du récent changement stratégique vers l’ouverture, même que tout le monde sait que c’est bidon ?

De la nouvelle grosse amende infligée par la commission européenne pour refus d’obtempérer aux injonctions anti-monopole ?

A la part de marché de Firefox qui n’arrête pas de grignoter celle d’Internet Explorer ?

Hmm… Probablement un peu des trois. Mais je ne résiste pas à la tentation d’y ajouter celle-ci, qui parle d’elle-même :

Test Acid2 - Internet Explorer 7

Qu’est-ce donc que cette horreur ? Eh bien c’est la façon dont la version actuelle (7.0) affiche le test Acid2, qui permet d’évaluer la façon dont les navigateurs respectent les standards du web. Avouez que c’est VRAIMENT pas joli.

Ce résultat fait bien rire (ou grincer des dents, selon les cas) depuis la sortie d’IE7, dans la mesure où ses concepteurs avaient promis un bon support des standards. Pour information, le rendu normal est le suivant (ici affiché via Safari 3.0.4) :

Test Acid2 - Safari 3

Le head-tracking en image

Jeudi 17 janvier 2008

Je me souviens avoir découvert le concept de “head-tracking” il y a plusieurs années, lorsque mon père, en tant que grand amateur de simulateurs de vol, avait acheté un curieux petit accessoire qui se plaçait au sommet de l’écran. Dedans, une petite caméra rudimentaire analysait les mouvements de tête du joueur et permettait d’exécuter des commandes simple comme regarder dans une certaine direction. C’était franchement basique et ne justifiait pas vraiment le prix du joujou.

Par contre, je viens juste de découvrir ce que du VRAI head-tracking permet d’envisager en matière d’immersion pour le joueur. Et le plus fort, c’est que cette vidéo de démonstration a été réalisée par un amateur qui a réalisé deux petits programmes spécialement pour illustrer les possibilités envisageables pour un jeu vidéo. C’est vraiment très impressionnant, surtout sur un grand écran :

Il faut reconnaître en tout cas que la nouvelle console de Nintendo, en plus de bien se vendre grâce à son côté “tout le monde peut jouer”, déchaîne la communauté de bidouilleurs qui n’hésitent pas à détourner cette sympathique Wiimote de ses usages initialement prévus et introduire de nouvelles idées. Nul doute que les développeurs de jeux en général (et Nintendo en particulier) ne se privent pas de prendre des notes…

Faire-part de décès : R.I.P. DRM

Vendredi 4 janvier 2008

Enfin, ça y est ! Sony BMG vient d’annoncer la mise en vente en ligne des morceaux non protégés contre la copie. Cela ne pourrait être qu’une transition vers le no-DRM comme il y en a déjà eu plusieurs en 2007, s’il ne s’agissait, cette fois-ci, du dernier grand éditeur de musique à ne pas l’avoir faite.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi la chronique de cette mort annoncée, en voici une brève rétrospective :
- le 2 avril 2007, Apple annonce la mise en vente de fichiers non protégés correspondant à ses morceaux du catalogue d’EMI ;
- le 9 août 2007, Universal annonce qu’elle vendra elle aussi des fichiers non-DRMisés (mais pas via iTunes) ;
- le 27 décembre 2007 (il y a une semaine), Amazon annonce la disponibilité de morceaux de Warner au format MP3 ;
- aujourd’hui, c’est Sony BMG prend le train parti sans elle et qui commençait à prendre beaucoup de vitesse.

En parallèle, on apprenait également aujourd’hui qu’aux Etats Unis, les ventes de CD ont chuté de 9% en 2007, alors que celles des boutiques en ligne ont augmenté de 45%. Autant que je me souvienne, la tendance n’est pas nouvelle, mais il s’agit des coefficients les plus forts jamais enregistrés. Le mouvement de dématérialisation de la musique est clairement en marche, et il y a fort à parier que l’abandon progressif des DRM a contribué à l’amplifier. Une belle leçon pour les maquignons du disque qui montre que le consommateurs, même s’il peut parfois en douter, dispose encore d’un certain pouvoir.

Reste un étrangeté : les majors du disque ont, à l’avis général, très mal pris la mutation numérique de la musique, comme en témoigne leur renoncement aux DRM. Et pendant ce temps-là, les éditeurs de films et de séries donnent l’impression de vouloir suivre exactement le même chemin : très grande timidité à ouvrir leur catalogue à la vente en ligne, sur-protection paranoïaque des fichiers (cf. les verrous multiples des Blu-Ray et HD-DVD) et comportement agressif vis-à-vis des consommateurs demandant plus de libertés dans l’utilisation de ce qu’ils ont acheté. And you’d think they’d ever learn…

Je profite de cette note pour souhaiter, sans grandiloquence ni emphase surdimentionnée, une bonne année 2008 à mes lecteurs.

Labels musicaux : l’hémorragie commence

Jeudi 11 octobre 2007

En une seule semaine…

Après Radiohead, Nine Inch Nail, Oasis et Jamiroquai, voilà que la mégastar de la pop Madonna vient de larguer sa maison de disque, Warner Bros. Là, ça doit faire vraiment mal, et le stress va commencer à se faire sentir chez les majors.

Il y a certes une différence de taille entre la démarche de Madonna et celle des autres : elle sera toujours sous contrat. Eux ont choisi de publier leurs prochains albums sur un mode direct de l’artiste au public, c’est à dire en mettant leurs fichiers en téléchargement anonyme assorti d’un don laissé à la discrétion de l’internaute. Leur motivation ? En lisant un peu entre les lignes, on comprend en gros : “même si on ne gagne qu’un ou deux euros par album, ça sera à peu près équivalent à la situation actuelle ; et tant qu’à faire, on préfère autant que ce soit sans l’intermédiaire d’un éditeur qui cherche à nous apprendre notre métier”.

Le symbole envoyé par Madonna demeure extrêmement fort, dans la mesure où Live Nations, société à laquelle elle a confié ses droits d’exploitation, n’est pas un label, mais un producteur de concerts.

Who’s next ?

IE7 disponible sans authentification !

Samedi 6 octobre 2007

Microsoft a fait une manoeuvre qui ne ressemble guère à ses habitudes, hier : désactiver la proctection anti-pirate (Windows Genuine Advantage) pour l’installation d’un de ses produits, Internet Explorer 7. Bon, d’accord, c’est un logiciel gratuit, donc a priori ils n’y perdent pas trop au change.

Sauf que IE7 est une des pierres angulaires de la stratégie Microsoft, car très lié à Windows d’une manière générale, et à Windows Vista en particulier. Empêcher IE7 de s’installer sur un Windows piraté pouvait laisser croire qu’un certain nombre d’entre ces vilains copieurs seraient convaincus qu’ils feraient mieux d’acheter une licence.

Mais pas de chance pour le géant du logiciel : les pirates ont ou bien installé des patchs officieux pour zapper WGA, ou bien téléchargé des versions d’IE7 dites “portables”, c’est à dire qui se lancent sans aucune installation (sisi, ça existe, même que c’est très pratique sur une clé USB), ou encore… ils se sont mis à Firefox.

Aujourd’hui, IE7 reste à la traine dans les statistiques d’utilisation de la plupart des sites web (entre 20 et 25%, à comparer aux 55-60% de IE6 et aux 90-95% de Windows). Il fallait donc faire quelque chose pour lui donner un coup de pouce.

Cela dit, je suis assez d’accord avec l’avis de Tristant Nitot, plein de positivisme : IE6 était une calamité pour les standards du web, donc si cette nouvelle pouvait signer son arrêt de mort, c’en serait une bonne.

Steve Jobs contre les DRM

Mercredi 7 février 2007

La nouvelle a fait le tour de la planète en quelques heures, et à peine une demi-journée après, tous les sites et blogs traitant un tant soit peu de technologie ont fait un article dessus : Steve Jobs, patron d’Apple, la société au leadership écrasant aussi bien sur la musique en ligne (iTunes Music Store) que sur les baladeurs numériques (iPod), suggère dans une lettre ouverte que les DRM devraient disparaître.

Imagine a world where every online store sells DRM-free music encoded in open licensable formats. In such a world, any player can play music purchased from any store, and any store can sell music which is playable on all players. This is clearly the best alternative for consumers, and Apple would embrace it in a heartbeat.

Ce qu’Apple tente d’expliquer dans ce message, c’est qu’Apple n’a pas intégré de DRM dans ses fichiers par décision interne, mais sous la pression des éditeurs qui en ont fait une clause incontournable avant d’ouvrir leur catalogue. Sans jouer aux journalistes, il y a fort à parier que c’est vrai : à l’époque du lancement de l’iTunes Music Store, le marché de la musique en ligne était embryonnaire, donc Apple n’avait que peu de poids dans la négociation, alors que les majors cherchaient déjà un moyen de contrôler les copies (certains CD protégés avaient déjà été commercialisés).

Concernant le manque d’interopérabilité, là c’est plus délicat : Apple a toujours refusé d’ouvrir son format “FairPlay”, ce qui a lui a valu des critiques sans cesse croissantes, parallèlement au développement de la concurrence. Dans cette lettre, la société affirme que distribuer des licences de FairPlay aux autres distributeurs semble être une bonne idée en surface, mais qu’en pratique, les protections reposant toujours sur des secrets, cela provoquerait des fuites, donc la non-viabilité de la protection à long terme. On est à mi-chemin entre la cause réelle et le prétexte bien commode, tout de même.

Reste que Steve Jobs, parmi les trois pistes qu’il entrevoit pour l’avenir, à savoir continuer comme maintenant, ouvrir son format aux concurrents ou supprimer les DRM, privilégie la troisième et promet, on ne peut plus explicitement, de la concrétiser dès le moment que les majors seront d’accord. Les récentes tentatives de vente en ligne de musiques non protégées par plusieurs distributeurs, ainsi que les menaces à peine voilées de gouvernements européens ou d’associations de consommateurs vis-à-vis du manque d’interopérabilité du tandem Ipod-iTunes, tout cela a très probablement induit un effet opportuniste dans cette déclaration solennelle, mais reconnaissons néanmoins à Apple le fait d’avoir dès le début milité en faveur de prix et de restrictions raisonnables. Qui plus est, il reste rare de voir un leader demander, fût-ce dans l’incertitude de l’avenir, l’abandon d’un des catalyseurs essentiels de son succès.

A l’heure ou d’autres favorisent justement un modèle fermé après avoir prêché l’ouverture, tout en rétribuant grassement les éditeurs pour bénéficier de leur bienveillance (suivez mon regard), cette lettre ouverte de la part de celui qui a en grande partie créé le marché de la musique en ligne nous permet au moins d’espérer un résultat dans la difficile reconquête des droits du consommateur de musique.

Apple a fait sa promesse, écrite de la main de son chef, maintenant la balle est dans le camp des éditeurs. Espérons que les défenseurs de la musique interopérable sauront distinguer les bonnes cibles.

[MàJ] Je ne sais pas s’ils sont vraiment aussi idiots que ça ou si c’est fait exprès, mais les andouilles de la RIAA ont interprété cette déclaration comme une volonté d’ouvrir FairPlay aux concurrents… Ca ressemble à une tentative d’occulter l’intérêt principal du message façon autruche, mais décidément leur finesse et leur habileté est inversement proportionnelle à leur pouvoir économique, dans cette association.

Nos députés vont passer aux logiciels libres

Jeudi 23 novembre 2006

Intéressante décision, quoique logique, qui nous arrive aujourd’hui du Parlement : les postes de travail des députés français, utilisant actuellement Windows et autres logiciels propriétaires, vont passer aux logiciels libres. Le système d’exploitation sera un Linux, la bureautique sera assurée par OpenOffice, la navigation web par Firefox, et une solution libre pas encore désignée est prévue pour la messagerie et l’agenda électronique. D’autre part, OpenDocument (alias ODF), le format ouvert d’échange de données entre applications bureautiques, sera le format de référence pour les fichiers - en parallèle avec le PDF, très probablement. Tout cela devra être opérationnel pour le début de la prochaine législature, dans six mois.

Bien sûr, c’est une bonne nouvelle pour tous ceux qui croient à la légitimité du logicie libre. Mais elle est, je crois, à tempérer. Car ce qui a motivé cette décision n’est rien d’autre qu’un argument pécuniaire : “Les solutions libres [..] permettront de réaliser de substantielles économies en dépit de certains coûts de mise en oeuvre et de formation”. Non pas que l’argument ne soit pas recevable, quoiqu’il ne faut pas non plus négliger les fameux coûts de mise en oeuvre et de formation… mais quel dommage que l’indépendance de nos institutions vis-à-vis des entreprises privées, que le côté solidaire du développement open-source ou que les possibilités de personnalisation des logiciels n’aient même pas été évoqués !

Néanmoins, ne boudons pas notre satisfaction : c’est déjà un pas supplémentaire vers la reconnaissance du modèle de développement communautaire. Un pas dans la bonne direction, donc.

Musique en ligne : revirement en vue ?

Mardi 24 octobre 2006

La semaine dernière, Virgin et la Fnac, deux gros distributeurs de musique en France, ont cherché à attirer l’attention sur la musique sans DRM, autrement dit sans verrous. Le premier a ainsi annoncé vouloir “l’ouverture d’un débat sur le téléchargement payant sans DRM” tandis que FnacMusic a mis en vente le temps du week-end deux morceaux au format MP3 (issus de la bande originale du film “Tout va bien, ne t’en fais pas”). Pas de nombre limité de lecture, pas de péremption dans le temps, pas d’asujétion à un abonnement, copie privée et gravure garanties, compatibilité totale avec tous les baladeurs du marché, ces fichiers ne manquent pas d’atout.

Certes, ils sont contraires à la volonté actuelle des majors, qui ont bien fait comprendre leur point de vue de tout leur poids l’élaboration de la loi DADVSI. Les certitudes des éditeurs de musique seraient-elles en train de s’effriter ?

C’est que les disquaires français se retrouvent de plus en plus pris en sandwich entre, d’un côté, les nouveaux arrivants sur le marché de la musique (Apple en tête, mais aussi Sony et Microsoft) se servant de la musique en ligne “protégée” pour vendre du matériel, et de l’autre côté, de nouveaux procédés de distribution comme le financement par la publicité (expérimentée aux Etats-Unis par EMI et par Universal).

Et tout ça sur fond de téléchargement massif de fichiers déverrouillés via les réseaux peer-to-peer qui ne diminuent pas malgré les procès très médiatisés. La conséquence de tout cela est donc que c’est l’utilisateur honnête - qui paye pour sa musique - qui se coltine les effets pervers de la protection, tandis que le pirate, lui, fait ce qu’il veut de ses fichiers.

Gageons également que le succès de eMusic, plate-forme de fichiers musicaux indépendants et non-protégés, y est pour quelque chose. Apparemment second derrière iTunes aux Etats-Unis et en Europe, le pionnier de la tendance a peut-être vu juste. Et si c’est le cas, comment vont réagir les “grands” de la musique en ligne protégée, et notamment Apple dont la possibilité de piocher dans les répertoires est entièrement conditionnée à ses DRM ? Les mois à venir promettent d’être très intéressants.

Ce serait donc l’instinct de survie qui a provoqué les initiatives présentées en introduction de ce billet. Mais on serait tenté de qualifier ceci à un début de retour à la raison poussé par la force des choses : le devoir de différenciation, grâce au respect de l’utilisateur, par rapport à un art marchandisé. Bien sûr, il faut protéger les artistes et les producteurs. Mais ce n’est certainement pas en dégoûtant le public que ce sera possible.

Je ne sais pas pour vous, mais moi je compte bien acheter ces deux morceaux, rien que pour faire acte de militant et garder en tête que si des mains nous sont tendues, il faudra veiller à ne pas en abuser. Après tout, si une chance nous est donnée d’être libres, un effort d’honnêteté sera le prix de la conservation de cette liberté.