Google veut défendre le système de santé américain

Don’t Be Sicko

Dimanche 1 juillet 2007, 12h05

Ce n’est pas la première fois que Google semble faire un pas l’éloignant de sa célèbre devise “Don’t Be Evil”, mais celui-là risque de faire du bruit. Si les précédentes affaires concernaient principalement les conflits logiques entre la gratuité d’un service et le respect de la vie privée, aujourd’hui Google se lance rien moins que dans le sponsoring de la propagande.

Vous connaissez certainement déjà Michael Moore, le célèbre agitateur américain qui, en plus d’avoir un grand talent de polémiste, dispose également d’un don pour réaliser des documentaires extrêmement bien construits. En quelques années et quelques films, il est sans aucun doute devenu la nouvelle mesure de calibrage permanent de l’enfoiromètre de l’administration Bush.

Et après les multinationales qui licencient alors qu’elles font du profit (en annonçant que c’est pour “rester compétitives” alors qu’au final elles ont plongé, mais bien sûr ce n’est pas la faute des décideurs), le lobbying de l’industrie américaine des armes à feu, les rapports entre l’administration Bush et les familles impliquées dans les attentats du 11 septembre, voilà que l’intrépide Moore s’attaque au système de santé en place aux Etats Unis. Vaste programme, qui couvre un grand nombre d’acteurs comme les assureurs, les mututelles, l’industrie pharmaceutique, les médecins, les hôpitaux, et bien sûr l’Etat.

Cette note n’a pas pour objectif de discuter de la qualité du film, mais du comportement d’une des plus grandes entreprises américaines vis-à-vis de lui et de son public. En effet, dans une note de blog tout ce qu’il y a de plus officielle, Google a lancé un appel aux acteurs américains de la santé en leur proposant de les aider à mettre en place une campagne de réponse au film Sicko:

Nous pouvons placer des liens sponsorisés vers des textes, des vidéos et autres médias dans nos pages de résultats ou sur des sites adéquats dans le cadre de notre réseau de contenus toujours plus vaste. Quelque soit le problème, Google peut servir de plate-forme d’éducation envers le public en diffusant le message que vous souhaitez.

Cela peut sembler au premier abord une démarche normale de mise en place du débat équilibré, mais il n’en est rien : Google ne propose ici ses services qu’à un seul des deux camps et connaissant l’ampleur du réseau publicitaire que la société alimente, le déséquilibre potentiel fait froid dans le dos. Pour faire une illustration appliquée à la France, c’est un peu comme si toutes les chaînes de télévision étaient invitées à se concerter pour contrer un article du Canard Enchaîné.

Je me rappelle avoir entendu parler, tout récemment, d’une entreprise qui vend une assurance aux restaurants en cas de perte d’une étoile au Guide Michelin, l’indemnisation se faisant sous forme d’une campagne de communication pour empêcher la fuite des clients. On n’est donc, même en France, plus très loin de l’existence de compagnies d’assurance spécialisées dans la réparation des dommages occasionnés par le travail des journalistes.

L’autre chose qui fait peur, dans l’histoire, est que cette proposition soit faite officiellement, de manière totalement décomplexée. Les entreprises privées ne cachent plus du tout leurs procédés douteux dont le seul but est la continuité des services payants, peu importe leur réel impact sur la vie des gens.

Après le Web 2.0, voici venir celui de la communication/propagande 2.0 !

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