II-HS2 (31/12/2002) : Bon âne et bonne sans thé


En l’honneur de la nouvelle année qui vient de débuter, j’ai choisi de profiter de cette chronique pour dresser un petit bilan personnel de l’année 2002. Lequel je souhaite axer sur deux points principaux, ces derniers étant les principaux pourvoyeur de sujets à mon inspiration de barbouilleur de fichier texte blasé par les prétendues avancées technoïdes que la société de consommation ne fait rien qu’à infliger aux pauvres utilisateurs que nous sommes. Ces deux sujets sont, comme mes lecteurs réguliers (si si, je sais que ça existe) s’en doutent, l’informatique personnelle, et le multimédia.

Commençons donc par l’informatique, avec un épisode amusant de la lutte pour la crédibilité menée par Windows, le virus polymorphe et ravageur de Microsoft à destination des PC. La firme venait en effet d’entrer ouvertement en guerre avec Unix/Linux, en arguant sur les performance, la fiabilité et la facilité d’utilisation de ces systèmes… tout en faisant tourner le site internet de la campagne dessus, après que sa version Windowsienne n’ait lamentablement coulé sous le flot de… rien, car je doute honnêtement que ç’ait été le site le plus visité du mois. A noter qu’à la fin de l’année, cette même compagnie a exulté sont orgueil en annonçant que Windows 2000 avait obtenu un niveau 4 aux tests “Evaluation Assurance Level”, mais évidemment sans révéler à quoi correspond réellement ce niveau. Car celui-signifie, en substance, que le système tourne bien à condition de ne lui installer aucun logiciel de tierce partie, de ne pas le connecter à l’internet et de ne lui faire subir aucune attaque extérieure directe. Bref, pas de quoi pavoiser, et pourtant… Et si, avec Microsoft, le message était tout simple : “faites ce que je dis, pas ce que je fais” ? Ca expliquerait beaucoup de choses.

Quelques temps après cet échec cuisant de l’épisode “We have the way out”, une nouvelle bombe issue des laboratoires de Redmond a fait entrer le web en ébullition : l’annonce de la future adoption globale de Palladium, c’est à dire la version made-in Microsoft de TCPA, un système de cryptage des informations circulant dans les PC de façon à implanter un contrôle logiciel sur les fichiers contenus par celui-ci. Lequel contrôle reviendrait, on s’en rend compte en lisant les documents très sérieux (évidemment non-officiels) à ce sujet comme la “FAQ TCPA/Palladium” de Ross Anderson, au final ni plus ni moins qu’aux mains de Microsoft ! La question que je me pose est : ce système parviendra-t-il à s’imposer ? En effet, à première vue, son succès défierait toute logique. Vous connaissez beaucoup de personnes qui apprécieraient ne pas être libres de ce qu’ils font de leurs fichiers ? Mais d’un autre côté, l’expérience nous a appris qu’il ne faut surtout pas sous-estimer la capacité de Microsoft à faire passer des pilules, même de la taille d’une Xbox.

Pour en terminer avec Microsoft en 2002, je ne peux m’empêcher d’être écoeuré par l’issue dérisoire qu’a connu le procès mené par le gouvernement américain depuis maintenant plus de deux ans. Et comment ne pas l’être devant cet arrangement à l’amiable dont a bénéficié cette firme honteusement monopolistique, après avoir pourtant été reconnue coupable en première instance et condamnée à une scission que la jurisprudence et le bon sens préconisaient ? Entre achat pur et simple de la clémence des plaignants (les “milliards” de dollars “offerts” par Microsoft sont sûrement déjà en train de planter joyeusement devant les élèves des écoles défavorisées des Etats-Unis) et appuis plutôt douteux à la Maison Grise, il reste comme un sérieux arrière-goût de moisi. D’autant plus que ces verdicts ont été rendus dans l’indifférence générale. Parlez-moi d’indépendance de la justice…

Changeons donc de sujet. Ah oui, le multimédia, celui-là même qui repose intégralement sur la situation économique de l’industrie qui avait le vent en poupe il y a deux ans et le mur en face l’année dernière… Qu’est-ce que 2002 lui a réservé ? Beaucoup d’anecdotes édifiantes, il faut l’avouer ! Commençons par le fabuleux destin de l’UMTS, dont le flop n’en finit pas de s’afficher, tel un grabataire qu’on aurait laissé sur la place publique. Les licenses que tous les états européens pensaient vendre à prix d’or aux opérateurs déjà largement sur-endettés ne sont finalement parties que pour quelques bouchées de pain, et tout ça pour croupir au fond des tiroirs. Et on se doute que ce n’est pas avec les technologies qui viennent d’être lancées à la hâte par les opérateurs (iMode de DoCoMo par Bouygues et gadgets picturaux pour les autres) que l’UMTS va pouvoir s’affirmer… En tous les cas, moi j’ai pu profiter de ma ligne de téléphone fixe dégroupée pour m’offrir l’accès à l’ADSL illimité et haut débit pour trois fois rien grâce à Free.fr.

Mais le multimédia, c’est aussi la musique. Et dans le domaine, l’année 2002 avait commencé sur les chapeaux de roues : après l’assassinat juridique de Napster, le petit logiciel qui avait fait un magistral pied de nez aux majors du disque, et avant celui d’AudioGalaxy, les portails de musique en ligne ont (finalement) ouvert leurs portes. Mais vers quel contenu ? Pour ainsi dire des catalogues assez pauvres, un service aussi virtuel que les octets circulant sur une ligne téléphonique et des restrictions d’utilisation rédhibitoire. En presque une année, quels en sont les résultats ? Ils n’ont pas été publiés, ou alors de façon confidentielle. Osera-t-on se demander pourquoi ? Toujours est-il que les nouveaux systèmes de peer-to-peer (Kazaa, GNUtella et eDonkey) sont en pleine explosion.

Pour finir, j’aimerais vous poser une question : vous aimiez le Futuroscope ? Et si oui, est-ce bien le fait que ce soit un brillant témoin des hautes technologies visuelles et auditives menées par divers experts européens qui vous séduisait ? Eh bien oubliez-le. A la limite, allez-y une dernière fois dans les prochains mois, mais ensuite, détournez-vous. Car il a eu la visite d’un invité-surprise. Enfin, pas si “surprise” que ça, il est vrai… car l’ami personnel de son président et qui va hériter d’une bonne partie du développement de ses attractions interactives, n’est autres que Bill Gates, patron, pardon “ingénieur logiciel en chef” de Microsoft, la compagnie qui mérite autant sa place au panthéon du jeu vidéo que Bang&Olufsen n’en mériterait une à celui de la Hi-Fi grand public ! La démonstration de la victoire de l’argent sur la créativité est encore une fois éclatante. Merci Bill !

Ah, sacré Bill Gates quand même, il aura encore réussi, par sa seule existence, à pourrir de son inopportune entreprise les deux parties de ma chronique du nouvel an ! re-merci PetitMou !

Sur ce, je souhaite une bonne année à tous, laquelle j’espère, mais sans réelle conviction, voir enfin respecter le mot qu’à a dire l’utilisateur final sur ce qu’on lui met entre les mains.

Et bonjour chez vous !