La confidientialité des données pour les nuls : TrueCrypt

Entre ton Twofish, son Serpent et mon SHA, qui c’est qui a la plus grosse (clé) ?

Jeudi 4 février 2010, 1h31

Deuxième partie de cette trilogie consacrée à la protection des données confidentielles. Aujourd’hui, je vais vous présenter TrueCrypt, et pourquoi il doit devenir un de vos meilleurs amis.

TrueCrypt est un logiciel de cryptographie à la volée. La cryptographie, aussi connue sous le nom de chiffrement, est un procédé qui consiste à rendre un message illisible pour toute personne ne disposant pas de la clé de décodage. Et “à la volée” signifie que les opérations de codage et de décodage se font automatiquement, sans que l’utilisateur ait à les déclencher, ni même à y penser.

Le principe de ce chiffrement à la volée est le suivant : TrueCrypt crée un fichier, de taille fixe ou variable, sur votre disque dur et “monte” ensuite ce fichier comme s’il s’agissait d’un autre disque. Concrètement, si vous créez un fichier de 4 Go, vous pourrez alors le faire apparaître sur votre bureau comme s’il s’agissait d’une clé USB, les données résultant de sa manipulation étant alors écrites sur le fichier. L’intérêt principal de la chose est que le fichier est intégralement chiffré, ce qui veut dire qu’en l’absence de la clé de décodage, son contenu est impossible à différencier de données aléatoires.

Vous voyez déjà probablement l’intérêt de la chose : tout ce que vous stockerez dans votre fichier crypté sera totalement illisible, et donc incopiable par quiconque ne disposera pas du mot de passe que vous lui aurez affecté. Mais mieux encore : en plus d’être illisibles, vos fichiers sont totalement invisibles, puisqu’il faut pouvoir le monter sur le bureau pour en explorer le contenu. Exit donc tous les yeux indiscrets ainsi que les moteurs de recherche : vos données sont totalement sous votre contrôle.

TrueCrypt est donc un outil destiné à protéger vos données, et il le fait bien. Mais il dispose d’atouts supplémentaires :

    - outre stocker vos données dans un fichier crypté, TrueCrypt est aussi capable de protéger l’intégralité d’un disque dur ou d’une clé USB, les rendant complètement illisibles à moins de disposer du logiciel et de votre mot de passe ;
    - le logiciel tourne sous Windows, Linux et Mac OS X, et les versions sont quasiment identiques : vous pouvez donc accéder à vos données avec pratiquement n’importe quel ordinateur ;
    - une version “portable” du logiciel existe, vous permettant de le faire fonctionner sans l’avoir préalablement installé, et sans disposer d’un compte administrateur sur la machine ;
    - plusieurs algorithmes de chiffrement (AES, Twofish, Serpent…) et de hachage (SHA, Whirlpool…) sont disponibles, dont certains particulièrement robustes à toute attaque de type “brute force” : cet outil peut donc également servir à protéger des données réellement sensibles, comme par exemple des secrets d’état ;
    - il est possible d’empiler les niveaux de chiffrement sur plusieurs niveaux. Vous pouvez par exemple créer un volume protégé sur une clé USB déjà protégée. Et vous pouvez aussi à nouveau crypter le volume représenter par le fichier. Si vous avez bien suivi, cet exemple inclut 3 couches de cryptages indépendantes, et vous pouvez me croire, ça marche !
    - TrueCrypt inclut également un dispositif de “déni plausible”, qui consiste à créer un volume caché au sein d’un volume chiffré, celui-ci disposant de son propre mot de passe, un peu comme un tiroir à double fond. L’idée est que si quelqu’un parvient à vous arracher votre mot de passe (chantage et autre extrosions), cette personne n’aura accès qu’au contenu du premier volume, et sera dans l’impossibilité de prouver l’existence du volume caché. Bien sûr, on arrive là dans les fonctions franchement paranoïaques, mais c’est pour vous donner une idée des possibilités de ce logiciel.

Si vous vous souciez un peu de protéger certaines données personnelles, je vous encourage à essayer TrueCrypt, il est tout sauf compliqué et l’utilisateur est bien tout au long du processus. Mais comme je sais que l’utilisateur moyen a souvent besoin d’être pris par la main pour se lancer, voici un petit tutoriel.

1) Téléchargez TrueCrypt pour votre ordinateur.

2) Installez-le.

3) Lancez-le.

4) Fenêtre principale :

Fenêtre principale

Commencez par créer un volume crypté en cliquant sur “Create Volume”.

5) Création d’un volume :

Création d\'un volume

La première option permet de stocker les données dans un fichier, la seconde de chiffrer l’intégralité d’un disque. Cette dernière est à réserver aux utilisateurs avertis, car elle écrasera sans pitié les données déjà présentes sur le disque. Pour le moment, contentez-vous donc de cliquer sur “Next >”.

6) Type de volume :

Type de volume

J’ai évoqué le concept de volume caché tout à l’heure, inutile de nous y attarder. Cliquez donc sur “Next >”.

7) Emplacement et nom du volume :

Emplacement et nom du volume

Dans cette étape, vous définirez l’emplacement de votre fichier crypté ainsi que son nom. Cliquez sur “Select location…”, rendez-vous dans un dossier où vous disposez de plusieurs Go de libres et tapez le nom qui vous plait. De toute façon, ledit fichier pourra être déplacé et renommé à volonté par la suite. Puis, cliquez sur “Next >”.

8) Options de chiffrement :

Options de chiffrement

Si vous ne savez pas quoi choisir, utilisez les mêmes réglages que moi : le niveau de sécurité est largement suffisant pour une utilisation personnelle. Cliquez sur “Next >”.

9) Taille du Volume :

Taille du volume

Choisissez la taille de votre fichier. S’il vous est proposé plus tard d’opter pour un fichier de taille variable (il grandira en fonction du remplissage du volume), ce nombre représentera alors sa taille maximale. Notez que l’utilisation d’une taille variable n’est pas recommandé par les créateurs du programme. Une fois votre choix fait, cliquez sur “Next >”.

10) Choix du mot de passe :

Choix du mot de passe

Etape hautement critique du processus de création du volume : le choix de son mot de passe. Choisissez-le bien, il ne doit pas être trop simple à deviner et vous devez SURTOUT NE PAS L’OUBLIER. En cas de perte du mot de passe associé à votre fichier, toutes vos données seraient irrémédiablement perdues. Vous êtes prévenu ! Saisissez ce mot de passe et si le bouton “Next >” est actif, c’est que vous l’avez bien tapé deux fois de suite.

11) Gros fichiers ?

Gros fichiers ?

Cette fenêtre n’apparaîtra, en toute logique, que si vous avez choisi une taille de volume supérieure à 4Go. À moins que vous n’ayez réellement envie de stocker d’aussi gros fichiers sur votre disque crypté, gardez le réglage par défaut. Cliquez ensuite sur “Next >”

12) Options de formatage :

Options de formatage

Tout comme les clés USB, vous pouvez choisir le format FAT qui a l’avantage d’être lisible sur tous les ordinateurs, ou bien le format spécifique de votre système d’exploitation. Là encore, ne changez de réglages que si vous avez une bonne raison de le faire. À noter que si vous désirez que la taille du fichier s’adapte à l’espace occupé sur votre volume, alors il faut choisir le format NTFS… et donc être sous Windows. Comme d’habitude, cliquez sur “Next >”.

13) Création de la clé de chiffement :

Création de la clé

Comme l’indique cette fenêtre, déplacer le pointeur de votre souris permettra de renforcer votre clé de chiffrement, et donc la protection de vos données… mais ne faites pas comme certains geeks de ma connaissance qui secouent leur souris pendant de longues minutes ! Une fois que vous avez terminé, cliquez sur le bout “Format”.

14) Formatage du volume :

Formatage du volume

Le formatage de votre volume crypté commence alors. Le temps que prendra cette opération dépend directement de la taille du fichier choisie ainsi que de le débit du support sur lequel il sera enregistré. Si vous l’avez créé sur une clé USB classique, vous pouvez aller vous préparer un café…

15) Montage du volume protégé :

Montage du volume

Quand le processus de création du volume est terminé, quittez l’assistant de création de volume. Vous voilà revenu à la fenêtre principale. Il est maintenant temps de monter votre tout nouveau disque protégé. Pour cela, cliquez sur “Select File…” puis localisez le fichier fraîchement créé. Ensuite, cliquez sur le bouton “Mount”.

16) Utilisation du volume protégé :

Volume monté

Vous devriez normalement voir un nouveau disque apparaître au même endroit que vos disques durs externes et vos clés USB (le bureau pour Mac OS X, le poste de travail pour Windows, etc.). À vous maintenant de vous amuser un peu avec votre nouveau jouet ultra-protégé. Copiez-y quelques fichiers, ouvrez-les, modifiez-les, enregistrez-les, supprimez-les, et ce autant que vous le voulez. Vous remarquerez peut-être que si vous lancez des copies volumineuses, votre processeur sera très sollicité. Ceci est normal car les opérations de codage/décodage, très complexes, sont calculées à chaque lecture/écriture impliquant un volume chiffré.

Une fois que vous avez terminé vos manipulations, il ne vous reste plus qu’à démonter votre disque protégé. Pour cela, sélectionnez la ligne correspondante dans la fenêtre de TrueCrypt et cliquez sur le bouton “Dismount”. Cette opération fait disparaître votre volume de votre ordinateur, un peu comme lorsque vous éjectez un CD ou une clé USB. La clé associée à votre fichier est alors déchargée de la mémoire et vous devrez à nouveau saisir votre mot de passe pour accéder à nouveau à vos données.

Et voilà : vous pouvez vous vanter d’avoir créé tout seul un espace de données archi-protégé dont seul vous connaissez la clé. Même si quelqu’un venait à copier le fichier correspondant à votre volume, il serait totalement incapable d’en explorer le contenu, et a fortiori d’en extraire des informations.

Au bout de quelques temps, vous commencerez probablement à vous demander s’il n’y a pas moyen de faire la même chose en moins de temps - et surtout moins de clics. Et comme souvent en informatique, la réponse est oui. C’est pourquoi, dans le troisième et dernier épisode de ce chapitre sur la cryptographie à l’usage des non-bidouilleurs, je vous donnerai quelques astuces pour rendre l’utilisation de ce logiciel encore plus simple au quotidien.

The best is yet to come…



La confidentialité des données pour les nuls : prélude

L’informatique, c’est comme la vie : il faut toujours sortir couvert.

Samedi 30 janvier 2010, 23h20

“Ah oui mais toi tu es dans l’informatique, c’est normal que tu y penses… et puis tu connais bien les outils !”

Si vous êtes utilisateur d’un ordinateur depuis longtemps, il est probable que vous soyez déjà sensibilisé à l’importance de sauvegarder ses données (sinon, vite une piqûre de rappel). Avec toutes ces solutions de backup (DVD-R, disques durs externes, stockage en ligne, etc.), je constate avec satisfaction que le réflexe de sauvegarde se généralise. Il rencontre encore un peu de résistance à cause du fait qu’il faut y penser et qu’il faille acheter du matériel, mais on est sur le bon chemin.

En revanche, il est un autre domaine qui est généralement complètement laissé de côté par les utilisateurs, et qui pourtant gagne en importance parallèlement à la numérisation de nos vies : la confidentialité des données. Vous préoccupez-vous simplement de savoir si récupérer vos fichiers personnels est possible, voire facile ? Non ? Cela vous rassure-t-il de savoir qu’une écrasante majorité de gens s’en fiche également ? Oui ?

Eh bien vous avez tort. Et pour deux raisons. D’une, tout comme la sauvegarde, si c’est la force des choses qui doit vous apprendre l’importance de mettre à l’abri vos données confidentielles, alors ce sera (très) douloureux. Et de deux, les outils pour parvenir à un bon niveau de sécurité existent, sont faciles à utiiser, et sont même gratuits. Ce serait dommage de se priver, non ?

Si magré tout vous ne voyez pas l’utilité de préserver votre vie privée numérique, je vous invite à imaginer cette situation classique. Vous avez un ordinateur, fixe à la maison, ou portable que vous emportez avec vous. Et un funeste jour, on vous le vole. Et bien sûr avec les données qu’il contient. La personne qui l’a ainsi récupéré peut désormais l’allumer et s’en servir… avec vos données à vous dedans. Imaginez bien toutes les conséquences, pour peu que cette personne vous connaisse un peu. Vos photos et vos films personnels, vos courriers électroniques enregistrés sur disque dur, peut-être même des discussions avec vos amis intimes… Ça y est, vous percevez l’intérêt d’être prévoyant ?

Bien.

D’une manière générale, voici les “stratégies” de sécurité les plus répandues concernant les fichiers confidentiels :

    - concept : planquer un dossier “perso” au fin fond d’un enchaînement d’autre dossiers
    - sécurité : ridicule
    - explication : avec les moteurs de recherche intégrés aux systèmes d’exploitation modernes, on peut farfouiller dans les contenus multimédias comme dans une galerie d’images, sans ouvrir le moindre dossier.
    - concept : rendre son dosier “perso” invisible
    - sécurité : mauvaise
    - explication : le même moteur de recherche comporte souvent une option pour fouiller dans les dossiers invisibles. Il suffit de penser à la cocher.
    - concept : stocker ses fichiers sur une clé USB ou un disque externe
    - sécurité : mauvaise
    - explication : une fois que quelqu’un sait où se trouve le disque en question, il est encore plus facile de le dérober que de fouiller directement dans l’ordinateur. Et puis une clé externe, ça se perd facilement.
    - concept : bloquer son compte avec un mot de passe
    - sécurité : mauvaise à moyenne
    - explication : si votre mot de passe est facile à deviner, c’est comme si la protection n’existait pas. Et si tel n’est pas le cas, il est toujours possible de récupérer votre disque dur dans un boitier externe et de fouiller dedans avec un autre ordinateur.
    - concept : stocker ses fichiers en ligne sur un site sécurisé
    - sécurité : très variable
    - explication : en admettant que la sécurité du site soit bonne, le fait est qu’une fois vos fichiers copiés quelque part sur le réseau, vous n’avez plus aucune maîtrise sur ce qu’ils deviennent. Ca revient plus ou moins à confier vos documents à quelqu’un que vous ne connaissez pas mais qui vous affirme qu’il dispose d’une maison bien verrouillée.
    - concept : chiffrer ses données
    - sécurité : mauvaise à bonne
    - explication : si l’opération est trop complexe, vous en aurez vite marre, d’où échec. Il faut donc trouver un outil à la fois efficace et pratique d’usage.

Après ce petit rappel de la nécessité de se protéger, je posterai demain bientôt une note à propos d’un outil très performant de cryptographie de données, ainsi que quelques conseils pour le rendre réellement utilisable au jour le jour.

Stay tuned !



Video Games Live : Paris 2009

Tommy Tallarico & Jack Wall FTW !

Dimanche 22 novembre 2009, 23h36

Samedi 21 novembre 2009 était une date attendue fiévreusement par bon nombre de geeks amateurs de jeux vidéo. Dans l’indifférence générale d’un grand public nettement plus intéressé par la tendance pop-rock qui considère que la présence d’un chanteur est indispensable et que tout instrument qui ne ressemble pas à une guitare n’est pas digne d’être joué sur scène, le Video Games Live effectuait son second passage à Paris, dans le grand amphithéâtre du Palais des Congrès.

Créé en 2005 par Tommy Tallarico et Jack Wall, tous deux musiciens et compositeurs, le Video Games Live est un événement musical qui a pour objectif de permettre à la musique de jeu de gagner un peu du crédit qu’elle mérite. Il se présente sous la forme d’un concert de deux heures au cours desquelles un orchestre symphonique d’une bonne quarantaine de musiciens et choristes reprend quelques-uns des plus grands thèmes vidéoludiques, avec l’appui de projections d’images sur écran géants, effets de mise en scène et effets lumineux.

Le jeu vidéo étant avant tout un divertissement, l’ambiance est tout sauf sérieuse, pour ne pas dire survoltée, ce qui ne retire rien à la qualité de l’interprétation, toujours confiée à des artistes locaux. Le choix des jeux est large et va des plus anciens sasfépu aux plus récents blockbusters, en passant par les immortels classiques dont on ne compte plus multiples opus. L’interactivité avec le public n’est pas oubliée, avec notamment des parties en direct devant un orchestre qui s’adapte à leur déroulement et une interprétation via Guitar Hero, en duo avec sieur Tallarico himself. Enfin, plusieurs clins d’oeils à la culture locale ou à l’actualité ne manquent pas de pimenter la soirée. Pour vous donner une idée, voici la vidéo à laquelle nous avons eu droit hier soir, en guise de prélude :

Comme vous pouvez vous en douter, une telle vidéo devant un public de geeks pour la plupart nourris aux jeux vidéo depuis leur plus tendre enfance, ne pouvait que surchauffer la salle d’emblée. Et ça n’a pas manqué. Qui plus est, Martin Leung, pianniste dont la renommée n’est plus à faire depuis sa première vidéo postée sur le net où il joue le thème de Mario les yeux bandés, fait plus que jamais partie de la troupe et intervient à plusieurs moments du concert.

Clairement, l’événement était largement à la hauteur de sa réputation dans le milieu des gamers : qualité de la musique, ambiance de folie, effets visuels bien adaptés… nul doute que la majeure partie du public sera reparti heureux. Et le succès du Video Games Live ne va pas me donner tort sur ce point : de 3 concerts à Los Angeles en 2005, l’événement en arrive en 2009 à quelque 90 villes un peu partout dans le monde en 2009 !

Vivement l’édition 2010…

Pour finir, quelques photos (vous excuserez la qualité très moyenne, il n’est guère facile de faire mieux dans une salle de concert) :



Hadopi 2 : passe pour cette fois

Hadopire en pire

Vendredi 23 octobre 2009, 23h51

En tant qu’internaute, il y a peu de chances que la décision rendue hier par le Conseil Constitutionnel à propos de la loi Hadopi 2 vous ait échappé. Au premier abord, on peut se dire que ledit conseil fut étrangement plus incisif la dernière fois, mais l’inénarrable Maître Eolas nous explique fort bien le pourquoi du comment.

Toujours est-il que ça y est, la loi est passée. Elle a tout de même perdu beaucoup de sa substance après son premier avortement, même si le gouvernement jubile devant une victoire purement politique. Qui osera croire que les magistrats, déjà largement surchargés, vont s’amuser à punir Madame Michu pour “défaut de sécurisation d’accès internet” en lui coupant son abonnement, et ce en se basant sur des preuves par nature très discutables ?

Je ne vais pas m’aventurer dans un catalogue des conséquences prévisibles de cette loi, d’autres sites l’ont déjà fait bien mieux que je ne le pourrais. Il en est cependant une qui me turlupine plus que les autres. Même s’il est impotent en pratique, ce texte a déjà commencé à instiller une menace dans l’esprit de la plupart des gens. Mais ces gens ont déjà trop intégré le fait de partager des données, de la même façon que l’ont fait l’imprimerie, le gramophone, la cassette, la photocopieuse, le magnétoscope ou le graveur de CD en leur temps, pour faire une croix sur leurs habitudes. Et plutôt que d’arrêter, ils changeront de support autant qu’il faudra, jusqu’à finir par user de moyens de cryptage et d’anonymisation très performants s’il le faut. Et c’est là que je perçois une monumentale erreur stratégique commise par le principal moteur de cette loi, à savoir notre cher Président de la République.

Voyez-vous, gouverner implique de connaître le plus de choses possible sur le plus de monde possible. On appelle ça le renseignement, l’apanage des polices politiques. Et le renseignement, c’est déjà une difficile activité d’écoute, de compilation, d’organisation et de synthèse. Mais si en plus on doit y ajouter une dose de décryptage sur une majorité des informations acquises, alors le renseignement se voit fortement compromis. Et le pouvoir est dès lors lourdement handicapé.

Je ne peux pas imaginer une seule seconde qu’il n’y a pas eu au moins un responsable de la DST ou des RG (ou de leur récente fusion DCRI), ou encore ne serait-ce qu’un seul chef d’Etat-major de l’armée, pour venir expliquer à Nicolas Sarkozy le danger que représente le fait de seulement laisser naître l’idée de chiffrer ses échanges dans l’esprit de monsieur tout-le-monde. Et le long passage par le ministère de l’intérieur ne rend le jusque-boutisme de notre Président que plus inexcusable encore.

Opposants au gouvernement de tous bords, cessez de chercher des preuves de l’incompétence de votre représentant à l’étranger. La plus flagrante est là, sous vos yeux, depuis que les majors lui ont dicté une loi par le biais de leur marionette qu’il a choisi d’épouser.



Amendement 138 : l’inversion des rôles

La patate chaude a changé de mains.

Mercredi 14 octobre 2009, 17h01

La vie politique peut parfois réserver des surprises qui ne manquent pas d’ironie.

Souvenez-vous : il y a à tout juste un an, le parlement européen se battait pour faire accepter l’amendement 138 du “paquet télécom”. Cet amendement, déposé par l’eurodéputé socialiste français Guy Bono, élève l’accès à l’internet au rang de droit fondamental, et surtout que son retrait à l’encontre d’une personne ne pouvait être décidé que par une autorité judiciaire, et non administrative. 88% des voix du parlement étaient en sa faveur, lui donnant une force difficile à combattre pour la Commission Européenne.

À l’époque, c’était bel et bien la France qui cherchait à y faire le plus obstacle, notre Président ayant déjà dans ses cartons son projet de riposte graduée, futur Hadopi. Mais après le vote de la première mouture de cette loi, le Conseil Constitutionnel est passé par là et a gravé dans le marbre que ce n’est pas à un fonctionnaire, fusse-t-il mandaté par une prétendue “haute autorité indépendante”, de décider de qui peut avoir accès à l’information et s’exprimer online, mais bel et bien à un juge.

Aujourd’hui, on apprend que les deux émissaires-négociateurs (Catherine Trautmann et Alejo Vidal-Quadras) ont trahi le mandat que leur a octroyé le Parlement Européen au cours d’un comité informel de conciliation concernant l’amendement 138. C’est donc un texte expurgé dudit amendement que devraient examiner les députés d’ici quelques mois. Et toute la tactique est là : pour manifester leur mécontentement devant cette trahison manifeste, les eurodéputés n’auront pas d’autre moyen que de rejeter en bloc le Paquet Télécom… autrement dit l’arme nucléaire démocratique (rappelez-vous du fiasco Hadopi en avril dernier). Une telle responsabilité sera extrêmement difficile à prendre.

La situation d’aujourd’hui est donc étrangement inverse à celle d’il y a un an : alors que l’Europe luttait pour préserver un amendement que la France voulait annihiler, c’est aujourd’hui la France qui en a fait un droit constitutionnel et l’Europe qui cherche à le faire oublier.

Sic transit gloria, comme on dit.



Jouons zinbrin

Dans l’Epad eud’ papa…

Mardi 13 octobre 2009, 16h53

Aujourd’hui, je vous propose de savourer deux petites répliques, partageant certaines caractéristiques.

Tout ce qui donne en pâture une personne, sans fondement, de façon excessive, [...] ce n’est jamais bien.

Quand ? Aujourd’hui.
Qui ? Nicolas Sarkozy.
Quoi ? À propos de la polémique née de l’ “élection” de Jean Sarkozy, son fiston de 23 ans et en deuxième année de droit (faites le calcul), à la tête de l’EPAD.

Désormais, ce qui compte en France pour réussir ce n’est plus d’être ‘bien né’, c’est d’avoir travaillé dur et d’avoir fait la preuve, par ses études de la
valeur. [...] Quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ? [...] Je veux que les nominations soient irréprochables.”

Quand ? Aujourd’hui.
Qui ? Nicolas Sarkozy.
Quoi ? À propos de la réforme du lycée, objet du discours.

Matelots, surveillez vos voiles. Aujourd’hui, les vents sont oscillants… et les girouettes décomplexées.



PSP Go home !

En attendant la PS3 sans Blu-Ray…

Dimanche 4 octobre 2009, 18h54

Depuis une bonne décennie, maintenant, les gamers sont habitués à voir les nouvelles consoles de jeu vidéo lancées en grande pompe, appuyées par de lourdes campagnes de communication, moult événements organisé à minuit le jour fatidique, avec stands de démonstration, hôtesses court vêtues, petits fours, etc. Et si ces opérations ont tant d’impact, c’est qu’elles sont d’habitude répercutés dans les grandes enseignes plus ou moins spécialisées, que ce soit Micromania, la Fnac ou même Auchan.

Et pourtant, il est une console qui a débuté son cycle de vie commerciale cette semaine mais n’a pas eu droit à ces honneurs : la PSP Go. La plupart d’entre vous en ont sûrement déjà entendu parler, Sony ayant entretenu le buzz depuis de nombreux mois. Il s’agit de la petite soeur de la PSP, qui va maintenant sur ses cinq ans et n’a cependant toujours pas perdu son leadership en terme de puissance brute pour une console portable, ce qui est une performance dans le monde d’aujourd’hui. Il est donc logique que celui-ci n’évolue pas, la petite nouvelle étant à première vue principalement un relooking de la même bestiole. Mais qu’est-ce qui explique son lancement quasi-confidentiel, alors ?

C’est très simple : la PSP est une console faite PAR Sony et POUR Sony. Tous les autres acteurs du marché du jeu vidéo, à l’exception peut-être des éditeurs de jeux, ont été évincés de la stratégie de l’ogre japonais. La principale caractéristique de la PSP Go, en effet, est une double absence : celle du lecteur de disques UMD ainsi que du lecteur de Memory Stick. À présent, les jeux ne se distribueront plus qu’en ligne, via l’internet, et se stockeront sur une mémoire flash intégrée à la machine.

L’idée de Sony est claire comme de l’eau de roche : en mettant les boutiques hors-jeu au niveau software, la firme reprend la main sur l’ensemble de la distribution, ceci lui permettant de fixer les prix, de décider quels jeux mettre en avant… et surtout de tuer à la fois la concurrence et le marché de l’occasion. Et c’est là que le consommateur se voit lui aussi impacté par cette stratégie : il ne lui est possible ni de revendre des jeux achetés (sauf en vendant la console avec), ni de réutiliser ceux achetés avant la console. Sony est toujours resté évasif quant aux modalités d’échange des jeux sur UMD au moment d’acheter une PSP Go, on sait aujourd’hui pourquoi.

Le reste des caractéristiques de la machine sont à l’avenant : les câbles et connecteurs étant devenus propriétaires, aucun de vos anciens accessoires ne seront utilisables (à l’exception des écouteurs). Ne parlons pas de l’écran plus petit et du WiFi qui reste en 802.11b, donc limité à 11Mbps, des téléchargements lents, pendant lesquels on ne peut rien faire d’autre, et qui sont à recommencer à la moindre perte de connexion au net…

PSP Go :p

Bref, vous l’aurez compris, la PSP Go est une console qui ne bénéficiera qu’à une seule entité, Sony et personne d’autre. Pas étonnant qu’aucun grand magasin ne la mette en avant et qu’on n’ait pas vu de file d’attende devant les points de vente. Son concepteur a visiblement pris les autres acteurs du marché pour des imbéciles, et il est à souhaiter que la sanction sera proportionnée à l’offense. Quand on en arrive à vouloir faire payer plus cher qu’avant pour une console qui constitue une régression à tous les points de vue, c’est qu’on perd totalement le sens des réalités.

L’ironie, dans l’histoire, c’est que j’attendais plutôt ce genre de pratique de la part de Nintendo. Mais même le requin notoire, dont la position dominante aurait pu rendre la chose logique (à défaut de normale), n’a pas osé… Chapeau.



Un terroriste qui en avait dans le slip

Darwin Assward

Lundi 28 septembre 2009, 23h27

- Bonjour monsieur la victime !
- Euh… bonjour monsieur…?
- Prépare-toi à mourir ! J’ai une bombe cachée sur moi, mais tu ne devineras jamais où !
- Hm… DTC ?
- Gagné ! …mais tu vas mourir quand même !

(onomatopée d’explosion, projections sanguinolentes, etc.)

Bilan : un magnifique EPIC FAIL pour le terroriste qui devait avoir des poches vraiment trop petites.

Respect.



Réalité augmentée

Pour ceux qui n’ont pas assez des pubs dans le métro…

Mercredi 26 août 2009, 14h08

La réalité augmentée, vous connaissez ? Il s’agit d’un procédé technique visant à superposer des informations numérisées à la perception humaine ordinaire. Un des premiers domaines où il fut utilisé est l’aviation, avec les fameux “affichage tête haute” (HUD) qu’on trouve sur les modèles assez récents d’avions de chasse, comme par exemple le F-18 :

F-18 HUD

L’intérêt de la technique est de permettre aux informations ajoutées d’être très rapidement assimilées, car on n’a plus à considérer d’un côté la réalité, et de l’autre les données. Le cerveau apprend très vite à fusionner les deux sources d’informations, comme si en fin de compte il ne s’agissait que d’une seule. Comme si on lui augmentait ses capacités de perception.

La réalité augmentée serait-elle le prochain eldorado de l’électronique grand public ? Déjà certaines voitures arrivent à incruster certaines informations dans le pare-brise, de manière à aider le conducteur aux manoeuvres. C’est également une technique de ce type qui est utilisée à la télévision pour insérer des panneaux publicitaires dans les vidéos tournées sur des terrains de sport, de manière à ce qu’ils soient toujours dans le bon sens quel que soit l’angle de la caméra.

Il existe une application pour iPhone qui, dans sa toute nouvelle version 3.0, utilise la caméra de l’appareil pour faire de la réalité augmentée. Baladez-vous dans Paris, et il vous affichera à l’écran toute sortes d’informations très utiles dans la vie de tous les jours. Une image valant mieux qu’un long discours, voici ce que ça donne :

Metro-Paris

Quelle belle valeur ajoutée ! C’est fou ce que de telles informations donnent comme charme à notre capitale ! ;)

Bon, d’accord, je suis un peu cynique : le but principal de l’application est quand même de vous permettre de trouver les stations de métro et de RER, et a l’air de parfaitement remplir cette mission.

L’iPhone semble donner des ailes à toute une nouvelle génération de programmeurs qui fourmillent d’idées intéressantes. Et je prédis un ras-de-marée pour le jour où une application pourra faire ça en temps réel :

Réalité très augmentée



Patrick Hernandez, ou le salaire de la fumisterie

Born to be à l’aise

Dimanche 23 août 2009, 1h42

Cet après-midi, alors que je faisais un peu de ménage dans mon chez-moi, j’ai commis l’erreur de laisser la télévision allumée. À un moment, l’émission qui passait s’est mise à parler d’anciennes star du disco, et notamment d’un certain Patrick Hernandez.

Le nom ne me disait que très vaguement quelque chose, jusqu’à ce que j’apprenne qu’il s’agissait du compositeur et interprète de “Born To Be Alive”, cette espèce de sous-produit de ce que la culture anglo-saxonne abâtardie a pu engendrer en ses heures les plus sombres, mais qui a eu un succès gigantesque. De gustibus et coloribus non disputandum

Si je vous en parle ici, c’est qu’à un moment, le documentaire révèle que grâce à ce simple hit, l’homme perçoit encore aujourd’hui plus de mille euros par jour. Depuis trente ans. Et pour un morceau auquel il n’a vraisemblablement pas consacré énormément d’énergie créative… L’esthète et le mélomane vous le confirmeront sans hésiter, et de toute façon, Hernandez révèle lui-même, en substance, que ce ne sont que quelques accords agrémentés d’un rythme de disco et de paroles en anglais pour faire plus cool.

Et le Patrick de se pavaner, encore et encore, malgré le fait que tous ses autres morceaux ont été des échecs et qu’il n’est plus connu aujourd’hui que grâce à la nostalgie, difficilement explicable, d’une génération qui ne se lasse pas de venir le voir chanter inlassablement chanter sur scène son seul et unique succès. Et lorsqu’il se vante d’avoir composé le troisième plus gros succès de chanson française à l’étranger, la coupe est pleine. Si la chanson française pouvait porter plainte pour insulte, elle gagnerait à tous les coups.

Depuis le temps que je cherchais un exemple particulièrement révélateur des méfaits des droits d’auteur tels qu’ils existent aujourd’hui, je crois l’avoir trouvé. Car s’il est évidemment juste qu’un succès soit rétribué, que peut-on penser quand on entend un compositeur déclarer, texto : “Ma situation est très confortable, parce que grâce à cet unique titre, je n’ai plus eu besoin de travailler de toute ma vie” ?